Ce rêve. Comme un couteau
introduit entre les omoplates de la mort. Ce rêve. Servi aux corneilles et aux
freux. Mis en gérance sur les récifs de la nuit. Accommodé au peu au pire aux
pourritures. Ce rêve. Comme le verso de l’âme le coma de la mort. Ce rêve.
Personne je dis personne il
n’y aura personne pour nous en priver nous en déposséder nous en dépouiller
quelqu’un a-t-il une fois disséqué la banquise quelqu’un a-t-il une fois
désossé une flamme quelqu’un a-t-il une fois écorché une chimère Personne je
répète personne il n’y aura jamais personne pour nous interdire le flux et le
reflux pour nous proscrire les soubresauts pour nous défendre d’incendier nos
reins nos cœurs aux corps de toutes les filles quelqu’un a-t-il une fois tourné
le dos aux loups aux corbeaux quelqu’un a-t-il une fois défalqué les
catafalques avant de payer la note du destin quelqu’un a-t-il une fois
éparpillé les illusions au point d’en vacciner la société Personne j’insiste
personne il n’y aura personne pour nous préserver de la beauté des étoiles pour
nous détourner d’affranchir les esclaves pour nous abasourdir mieux qu’un
sourire une larme.
Ce rêve. Comme un canif
planté dans l’épaule gauche de la glaise. Ce rêve. Asservi astreint enchaîné
aux calomnies. Mis en berne sur les brisants de la vie. Habitué à marcher au
pas au guère aux dictatures. Ce rêve. Comme le cerceau de l’esprit le vertige
de la vie. Ce rêve.
Yves Béal