Philippe BOUDIAS *
Références : Krishnamurti, la première
et la dernière liberté.
Gandhi, la non-violence «
ahimsa »
Le propre de l'être humain est de s'interroger :
c'est quoi ça ? pourquoi ceci ? pour quoi faire cela ?... A chacune des
questions, il veut trouver une réponse ; certaines de ces réponses se transmettent au sein du groupe social et
constituent peu à peu la culture propre à ce groupe. Les cultures sont
faites des savoirs, des savoir faire, mais aussi des croyances, de l'imaginaire
collectif, etc. qui forment des « cadres
mentaux » à travers lesquels chaque société interprète la « réalité », les paradigmes dont Edgar
Morin nous dit qu'ils sont les «principes
occultes qui gouvernent notre vision des choses et du monde
sans que nous en ayons conscience. »
Or ces paradigmes constituent
souvent des obstacles à l'évolution de nos pensées. Nous sommes
conditionnés par nos habitudes de pensée propres« à notre groupe
social et/ou personnelles. Ainsi, malgré la révolution (au sens de
retournement de perspective) introduite par Copernic et Galilée, nous
continuons à parler de la course du soleil dans le ciel, de ce soleil
qui se lève à l'Est et se couche à l'Ouest... Les plus grands scientifiques
n'échappent pas
à ce type de conditionnement. Ainsi Einstein fut il troublé jusqu'à la fin de
sa vie par la physique quantique qui introduisait l'incertitude,
l'indétermination, troquant les équations mathématiques
classiques pour les calculs de probabilités. « Dieu ne joue pas aux billes », avait-il
dit un jour au cours d'un débat avec le physicien danois Niels Bohr ; à quoi ce
dernier avait répondu « Einstein, cessez de dire à Dieu ce qu'il doit faire !
». De même, Einstein avait longtemps refusé l'une des conséquence de sa théorie
de la relativité : ses calculs le conduisait à envisager un univers en
expansion, ce qui allait à l'encontre de sa conviction d'un univers stable. Il avait donc introduit une « constante
cosmologique » dans ses équations pour neutraliser cette expansion ...
Nos conditionnements nous empêchent de relativiser
nos points de vue, nous enferment dans des
certitudes immuables, obstacles souvent têtus à l'évolution de nos
connaissances, mais aussi de nos
conduites. Ce conditionnement a une autre conséquence, plus grave peut-être : toute
connaissance qui n'entre pas dans nos cadres de pensée est vécue comme une
agression. La peur qui en découle peut conduire à la violence : le rejet
parfois haineux des pédagogies nouvelles par
un grand nombre d'enseignants, principalement dans le secondaire, est un exemple tout à fait caractéristique de cette
violence liée au conditionnement dont ces enseignants sont victimes. On peut trouver des exemples de cette
intolérance dans bien d'autres domaines : santé, agriculture,
politique...
On a pu dire de la démocratie qu'elle est d'abord un
dialogue. Or il n'est pas de dialogue sans ouverture d'esprit de la part de
ceux qui s'y engagent. Toute violence doit être bannie : l'affrontement entre
partisans figés dans leurs certitudes est la négation de toute démocratie.
Plusieurs questions se
posent donc, notamment :
·
comment
prendre conscience de nos conditionnements et nous en libérer ?
·
les
enfants qui arrivent à l'école sont déjà imprégnés de « certitudes » : comment
les aider à se déconditionner ?