Six axes de réflexion proposés par Hubert MONTAGNER *

Six axes de réflexion proposés par Hubert MONTAGNER *

 

Si j'avais eu le plaisir d'être présent à votre rencontre, j'aurais proposé les axes de discussion suivants :

Quels sont les freins et obstacles qui empêchent un enfant de se réaliser comme élève à chaque âge et à chaque moment de son parcours scolaire ?

En d'autres termes, comment peut-on expliquer qu'un enfant-élève ne puisse ou ne veuille libérer ses processus cognitifs et ses ressources intellectuelles, et accéder ainsi aux apprentissages ? Nous savons en effet que les difficultés à comprendre et apprendre, en particulier l'échec scolaire, sont sous-tendues par d'autres explications que les déficits dans les processus cognitifs et les «petits moyens intellectuels». Parallèlement, la didactique est un leurre, même si elle est nécessaire. On ne résoudra pas les difficultés à comprendre et apprendre, les résistances et échecs scolaires, les problèmes liés aux conduites marginales et asociales, la violence tant qu'on ne voudra pas voir et entendre la «nature» des difficultés des enfants, des pré-adolescents et des adolescents. Par exemple, les conduites violentes ont pour dénominateur commun l'insécurité affective des personnes violentes, c'est-à-dire les processus individuels qui se construisent au fil du temps depuis la petite enfance et qui conduisent aux passages à l'acte. Les facteurs sociaux du moment ne sont que les détonateurs des explosions de violence. […] Le nombre des enfants et des jeunes en grave difficulté ne diminue pas et alors que la fréquence des dépressions, des suicides et conduites suicidaires, des agressions, des enfermements dans les psychotropes ... ne cessent d'augmenter.

Comment accompagner les différents enfants-élèves pour qu'ils révèlent le ou les projets qu'ils nourrissent pour maintenant et plus tard, quelle que soit leur «nature» ?

Comment les engager dans la réalisation de leur(s) projet(s) ? Comment le projet d'école peut-il intégrer les projets individuels ? Tous les êtres humains ont en effet besoin de se projeter dans le futur pour relativiser ou dépasser les difficultés du moment et pour s'imaginer dans les habits d'une personne reconnue et aimée.

Comment faire fonctionner «l'écosystème école»,

c'est-à-dire le lieu école avec l'enfant-élève au cœur du système et dans le cadre d'interactions ajustées entre les enfants-élèves, les parents et familles, les éducateurs et enseignants et les autres personnes concernées ... et avec l'environnement (cité, milieux naturels ...) ? Quelles stratégies d'accueil, d'aménagement du temps et d'aménagement des espaces ? Pour quels enfants et quelles familles, à la ville et à la campagne, dans les ZEP et ailleurs ?

Quelles stratégies faut-il concevoir

pour que l'école accompagne les mouvements de la société (des sociétés), et devienne donc un système flexible et en mouvement, capable de s'adapter aux changements ?

Quelles formations et quels enseignements pour les éducateurs et les enseignants ?

Comment refonder les Inspections académiques et comment redéfinir le rôle des inspecteurs et des conseillers pédagogiques ? Quelle place pour les RASED ? Quel Ministère de l'Education Nationale (le mode de fonctionnement de ce Ministère est parfaitement scandaleux : les directions sont autant de citadelles dont les chefs ne pensent qu'à une chose : leur carrière) ?

Comment faire évoluer le débat et la prise de conscience en protégeant et valorisant les enseignants ...

qui font ce qu'ils peuvent avec le plus souvent beaucoup de compétence, de courage et d'abnégation et qui aspirent à plus de considération et de reconnaissance ? En effet, quand j'entends les amis et collègues du monde de l'Education, j'ai l'impression d'entendre les mêmes discours depuis des décennies. Ce sont les mêmes clichés et le même «prêt à penser» qui sont assénés.

 



* Professeur émérite des Universités, spécialiste des rythmes biologiques.

 

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