LES MAISONS DE LA PETITE ENFANCE
Hubert MONTAGNER,
Psychophysiologiste, Professeur des Universités, ancien Directeur de Recherche à
l’INSERM
Préambule
Le développement de structures
d'accueil bien conçues pour la petite enfance devrait être une préoccupation
essentielle des responsables de la famille, de l'éducation, de la santé, de la
politique et de l'économie. Il doivent en effet relever plusieurs défis majeurs
qui engagent l'avenir du pays et de la nation :
- le taux
de natalité en FRANCE est l'un des plus élevés en Europe et, plus généralement,
par rapport à l'ensemble des pays industrialisés. Pour
faire face à cette réalité démographique, il faut repenser les structures
d'accueil "traditionnelles" de la petite enfance (crèches, pouponnières,
haltes-garderies, écoles maternelles ...), et surtout construire des structures
innovantes pour que chaque enfant puisse se réaliser dans toutes ses dimensions
tout au long de ses premières années, en interaction avec sa mère et sa
famille. Elles doivent être conçues pour que les mères et les familles puissent
s'engager pleinement et sereinement dans la vie économique, sociale et
culturelle du pays sans être freinées ou empêchées par l'absence ou
l'insuffisance des structures d'accueil de la petite enfance, sans culpabilité,
inquiétude, anxiété ou angoisse, quelles que soient les particularités
individuelles, sociales, culturelles et ethniques des personnes ;
- la société
devient de plus en plus complexe, stressante et mouvante. Pour
faire face à cette évolution, il faut donner aux différents enfants la
possibilité de développer les mécanismes, conduites et ressources qui leur
permettent de s'adapter à leurs multiples partenaires et environnements, de la petite enfance à
l'adolescence. Le développement des capacités d'adaptation passe par des
conceptions nouvelles et de nouveaux modes de fonctionnement des structures
d'accueil de la petite enfance et de l'ensemble des structures éducatives,
notamment l'école, quelles que soient les difficultés des différents enfants
(maladie génétique, handicap, "trouble du comportement" ...) et
quelles que soient les particularités du milieu familial ;
- les
conduites "dérangeantes" ou inquiétantes des enfants, pré-adolescents
et adolescents nourrissent une anxiété et une insécurité croissantes dans la
population, et un sentiment d'impuissance chez les acteurs et décideurs
sociaux. Pour faire face à ce phénomène, il faut créer des
conditions qui puissent prévenir ou réduire le développement à tous les âges
des conduites autocentrées (replis sur soi et isolements), des conduites d'évitement
et de fuite (y compris celles qui conduisent à la "surconsommation"
d'alcools et de drogues, au suicide et à la marginalité sociale), de
"l'hyperactivité" (la turbulence et l'instabilité comportementale jugées
excessives), la violence et la
destruction, et aussi des conduites "étranges" qui entraînent
l'admission des enfants, pré-adolescents et adolescents dans un établissement spécialisé
(hôpital de jour, Institut médico-éducatif, ITEP ...). Non seulement à l'école
et dans la cité, mais aussi dans les structures qui accueillent les jeunes
enfants (crèches, écoles maternelles ...), creusets avec le milieu familial des
attachements "sécures", de la synchronisation des rythmes sur
l'environnement, de l'alliance du corps et de la pensée dans la conquête de
l'espace, des relations accordées avec les partenaires, des processus de
socialisation et du façonnement des ressources intellectuelles ;
- l'insécurité
affective de l'enfant et de sa famille s'accompagne d'une consommation
excessive de "béquilles chimiques" (somnifères, sédatifs,
psychotropes ...) pour réduire les troubles du sommeil, les épuisements
physiologiques et psychiques, les stress, déstabilisations et maladies générés
par une société de plus en plus complexe, stressante et mouvante. Pour
faire face à ces dérèglements, il faut créer dès la petite enfance des
structures et environnements qui, en installant les individus dans la sécurité
affective, réduisent la consommation excessive des "béquilles
chimiques", sources de fragilité pour la santé somatique et psychique des
personnes et ... sources de déficits financiers pour les organismes de sécurité
sociale.
Les
maisons de la petite enfance sont conçues pour répondre à ces défis.
Présentation des Maisons
de la petite enfance
Les maisons de la petite enfance
comprennent des lieux-refuges et des lieux de vie dont l'objectif est
d'optimiser le développement de l'enfant, ses accordages affectifs, ses
processus d'attachement "sécure", ses rythmes, ses équilibres
bio-psychologiques, ses processus de socialisation, ses acquisitions et
constructions, de la vie prénatale à l'âge de trois ans, en interaction avec la
ou les personnes d'attachement initial (mère, père, fratrie ...). Elles
sont ouvertes aux mères et familles de tous les milieux, mais surtout à celles
dont les difficultés personnelles, morales, relationnelles, sociales,
intellectuelles et autres peuvent empêcher l'enfant en cours de construction de
trouver ses repères et ses équilibres, de faire éclore ses compétences et d'en
acquérir de nouvelles, plus généralement de s'adapter à ses différents
partenaires et aux environnements multiples. Elles reçoivent prioritairement
les mères et futures mères les plus jeunes, sans attache familiale, sans foyer,
sans travail, sans ressources,"désoeuvrées","prisonnières"
d'un milieu de vie stressant et déstabilisant, maltraitées, enfermées dans la
consommation de drogue ou d'alcool et/ou socialement marginalisées.
L'organisation globale
Les maisons de la petite enfance
comprennent plusieurs secteurs en interaction :
- trois
lieux-refuges différemment conçus selon qu'ils accueillent des futures mères
et familles à différents moments de la grossesse (lieu-refuge prénatal),
des parents et leur bébé âgé de quelques jours, semaines ou mois (lieu-refuge
des premiers âges), ou des familles avec des enfants dont les âges s'échelonnent
de l'acquisition de l'autonomie locomotrice (deuxième moitié de la première année)
à la quatrième année (lieu-refuge de la petite enfance).
* Voir par ailleurs les "crèches-écoles
enfantines" conçues pour accueillir les enfants de deux à quatre ans ;
- un lieu de médiations
croisées (entre l'enfant, la mère, le père, la fratrie, les grands-parents
et les autres partenaires du milieu familial ; entre la mère, la famille, les éducateurs,
les services sociaux ; entre les différentes catégories de professionnels) ;
- un lieu de
prospective et de perspective pour l'enfant et ses parents. C'est un
lieu de projection vers l'avenir et d'évaluation des perspectives d'insertion
scolaire, sociale, professionnelle ... ;
- un lieu
d'information et de communication multiculturelles ;
- un lieu de
formation pluridisciplinaire des différentes catégories de professionnels
concernées par la petite enfance (médecins, éducateurs, travailleurs
sociaux, magistrats, décideurs ...) ;
- un lieu de
valorisation des savoir être et savoir-faire des enfants et de leurs parents.
Le lieu-refuge prénatal
Les
objectifs
Ce lieu accueille les femmes
enceintes de tous milieux et de toutes origines. Les lieux et stratégies
d'accueil, les aménagement de l'espace et les aménagement du temps sont conçus
pour :
- mettre toutes les moyens
d'informations à la disposition des personnes sur la sexualité et la reproduction,
la contraception, la régulation des naissances, la grossesse, la prévention du
sida et des maladies vénériennes, l'accouchement, l'après-naissance, les premières
années ...
- accompagner et surveiller
la grossesse des femmes dépressives, isolées du tissu social, maltraitées,
présentant des "troubles" de la personnalité, en déficit de soins, de
sécurité affective ou de soutien... et réduire ainsi les risques de
complication, de fausse couche, de prématurité et de marginalité sociale ;
- apaiser et rassurer les
futures mères, réduire leur inquiétude, leur anxiété, leurs angoisses ou leurs
peurs, les aider à prendre confiance en soi et dans autrui, les conduire à
l'auto-estime, mais aussi limiter les risques de dépression nerveuse ou
d'autres altérations du psychisme, quels que soient leur âge, leur milieu
social, leur appartenance ethnique ... ;
- permettre aux futures mères
d'accepter les "transformations" de leur corps ;
- recevoir de façon particulière
et anonyme les adolescentes enceintes avec ou sans leur famille, en particulier
les plus jeunes (12-13 ans), et les aider à faire face à la grossesse ;
- recevoir dans l'anonymat et
dans des conditions appropriées celles qui vivent leur grossesse en milieu carcéral
ou en marge de la société (sans domicile fixe, prostituées,
droguées ...) ;
- impliquer chaque fois que
c'est possible le compagnon et les autres personnes de la famille (fratrie,
futurs grands-parents ...) dans l'accompagnement de la grossesse et la
projection vers l'après-naissance ;
- proposer et assurer aux
futures mères un "suivi de sevrage" en cas d'addiction à l'alcool, aux drogues, au tabac ...
- prévenir la boulimie et
l'anorexie ;
- informer les futures mères
de façon non culpabilisante que le foetus a déjà une sensorialité, des
perceptions, une vie émotionnelle et affective, des capacités d'interaction ... qu'il
est possible d'être à son écoute et de le "vivre" déjà comme un être
de communication et d'attachement (utilisation de l'échographie, de la banque
d'images et de documents de la médiathèque : voir plus loin)). On l'informe en
particulier que le foetus est capable de discriminer et de reconnaître la voix
des personnes de son futur environnement familial, ainsi que les ambiances
sonores et musicales. On lui apprend que son rythme veille-sommeil et son
rythme d'activité influencent les rythmes du foetus, etc. On peut ainsi
l'inciter à contrôler les "bruits" du milieu habituel, en particulier
ceux qui peuvent être perturbants pour le foetus et pour elle-même (ultrasons,
musiques de forte intensité ...), mais aussi son mode de vie. Ce qui permet au
foetus de prendre des repères structurants et non brouillés sur sa
"niche" familiale et ses futurs partenaires ;
- aider les futures mères à
caler régulièrement leur rythme veille-sommeil et leur rythme d'activité sur
l'alternance du jour et de la nuit (et à s'ajuster en même temps aux
rythmes sociaux), grâce à une assistance médicale et psychologique qui réduise
leurs insomnies ou "troubles du sommeil", et qui stabilise leur rythme
d'activité d'une journée à l'autre. On y parvient en hébergeant les mères
pendant le temps nécessaire à la (re)synchronisation de leur rythme
veille-sommeil et de leur rythme d'activité sur l'alternance du jour et de la
nuit ;
- préparer les futures mères à
la rencontre post-natale avec le bébé, et leur apprendre notamment à
s'organiser dans la journée et d'une journée à l'autre pour que les deux
"cartes d'identité" de l'enfant (le rythme veille-sommeil et le
"rythme alimentaire") et ses autres besoins fondamentaux soient
respectés, pour que des interactions accordées puissent se développer entre eux
et pour qu'un attachement "sécure" puisse s'installer. On crée ainsi
les conditions pour que, dès la naissance, la mère et le bébé soient installés
dans la sécurité affective. L'enfant peut alors libérer ses émotions et son
affectivité, libérer ses "compétences" et ses interactions, libérer
ses processus cognitifs (les processus pour comprendre et apprendre), et
construire sa vie intellectuelle.
Pour résumer, en accueillant les
futures mères dans une ambiance rassurante et sécurisante pendant plusieurs
heures et, si cela est nécessaire, pendant plusieurs jours ou semaines, le
lieu-refuge prénatal a pour objectifs :
- de permettre aux personnes d'être
rassurées et apaisées, de prendre ou reprendre confiance en soi et dans autrui,
et de développer de l'auto-estime ;
- de les faire bénéficier de soins,
de "désintoxications", d'écoute, d'attention, d'aide et de soutien ;
- de se (re)stabiliser dans leurs émotions,
leur affectivité et leurs rythmes;
- d'échapper aux ambiances
stressantes et déstabilisantes de leur lieu de vie, parfois à la maltraitance;
- de s'insérer
"humainement" et socialement ;
- de construire déjà un
"attachement sécure" avec leur "futur et déjà bébé" et en même
temps de dépasser leurs difficultés personnelles, tout en leur donnant la
possibilité de se projeter sans crainte et angoisse dans l'après-naissance ;
- de leur donner des informations
fiables et non culpabilisantes sur elles-mêmes et l'enfant qu'elles portent
sans qu'elles se sentent jugées ou stigmatisées ;
- d'impliquer les partenaires
familiaux dans la grossesse, l'attente de la naissance et l'après-naissance.
Les aménagements
Le lieu-refuge comprend :
- une sphère d'accueil dont
les mobiliers et les espaces sont anxiolytiques et sécurisants. Une hôtesse
accueille chaque future mère, accompagnée ou non, et l'oriente vers une
personne-ressource aux fonctions et compétences bien définies (psychiatre,
psychologue, pédiatre, sage-femme ...);
- un secteur d'information
non culpabilisante sur la sexualité, la prévention du sida et des maladies
transmises par la voie sexuelle, la grossesse et la vie foetale (le développement
et les "compétences" du foetus sont illustrés par des films, des
photographies, des témoignages ...). D'autres informations sont données sur le
déroulement de la grossesse et l'accouchement, l'alimentation et les principes
de la diététique, le sommeil de la mère et du foetus avant et après la
naissance, etc. (voir le lieu d'information et de communication
multiculturelles ;
- un secteur de détente
corporelle et mentale, anxiolytique, apaisant et sécurisant
(yoga, bains, hammam, ambiances musicales et lumineuses ...) ;
- un secteur de soins
corporels (massages, relaxation ...) et de "valorisation"
du corps par une esthéticienne, une coiffeuse ... ;
- un secteur "d'écoute"
du foetus et "d'écoute" de son corps par la future mère qui soit aussi un secteur de libération de la
parole avec les professionnels du lieu-refuge et entre les
futures mères ;
- un secteur anxiolytique de
libération des émotions et du rire (présence animale, "spectacle
animalier", facéties d'un clown, jeux de rôle ...) ;
- un secteur de
restructuration du rythme veille-sommeil des futures mères
au cours de séjours de plusieurs jours et, si cela est nécessaire, de quelques
semaines ;
- un secteur "d'éducation
alimentaire" ;
- un secteur de préparation à
l'accouchement et à la vie de l'après-naissance qui soit
aussi un lieu de prospection des personnes et structures qui pourraient
accueillir le bébé (assistantes maternelles ou crèches), en particulier si la mère
est seule, reprend son travail ou retrouve des conditions de vie stressantes ou
déstabilisantes ;
- un secteur d'accueil et de
sensibilisation à la grossesse, à la naissance ... du compagnon, des aînés et
des autres personnes de la famille ;
- un secteur de consultation
médicale et psychologique ;
- un secteur de "libération"
de l'alcool, des drogues ou du tabac ;
- un secteur de valorisation
du savoir être et du savoir-faire des futures mères (voir
plus loin).
L'équipe du lieu-refuge est
pluridisciplinaire comme dans les autres lieux-refuges (voir plus loin).
Le lieu-refuge des premiers âges
Ce lieu accueille des mères, des pères
et des enfants des premiers âges (des premiers jours post-nataux à l'âge de six
mois).
Il partage certains secteurs et
certaines personnes avec le lieu-refuge prénatal : la sphère d'accueil, l'hôtesse
et les personnes-ressources, le secteur de soins corporels et de
"valorisation" du corps, le secteur anxiolytique de libération des émotions
et du rire, le secteur "d'éducation alimentaire", le secteur de
prospection des personnes et structures qui puissent accueillir le bébé
(assistante maternelle, crèche ...), le secteur d'accueil du compagnon, des aînés
et des autres personnes de la famille, le secteur de consultation médicale et
psychologique, le secteur de "libération" de l'alcool, des drogues ou
du tabac, le secteur de valorisation du
savoir être et du savoir-faire.
D'autres secteurs sont conçus pour répondre
aux spécificités de l'après-naissance :
-un secteur d'examen médical et
psychologique du bébé et du jeune enfant ;
-un lactarium et un secteur
d'allaitement et de déculpabilisition qui
permettent à chaque mère d'apprendre les portages et les gestes du
"nourrissement" appropriés à la configuration des tétons (allaitement
au sein) et aussi à la configuration de la bouche, de la langue et du palais de
l'enfant, et ainsi de s'ajuster aux particularités de celui-ci. Il permet aux
professionnels (médecins, infirmières, puéricultrices ...) de rassurer les mères
lorsque le bébé "refuse" le sein ou le biberon, régurgite, "s'étouffe"...
lorsqu'il a un "petit poids" (bébé dit hypotrophe), lorsque sa courbe
de croissance pondérale reste inférieure à la moyenne, lorsqu'il présente des réactions
d'allergie, lorsqu'il a des particularités morphologiques, anatomiques, physiologiques
ou comportementales ... On implique le père et la famille (fratrie,
grands-parents ...) dans le "nourrissage" du bébé à la maison et
ailleurs ;
- un secteur de sommeil calme,
apaisant et anxiolytique pour accueillir les bébés au moment de chaque épisode
de sommeil ;
- un secteur qui aide la mère à
(re)structurer son rythme veille-sommeil au cours des 24 heures en cas
d'insomnie nocturne et de dérèglement du rythme veille-sommeil, et d'un rythme
d'activité déphasé par rapport à l'alternance du jour et de la nuit. Ce secteur
est conçu pour accueillir la mère et son bébé pour un séjour de plusieurs
jours, voire de quelques semaines, jusqu'à la stabilisation et l'ajustement réciproque
de leur rythme veille-sommeil. On implique le père et la fratrie dans la préparation
de l'endormissement de l'enfant et dans son accueil au moment du réveil,
notamment pour les épisodes de sommeil de la soirée et de la nuit ;
- un secteur des soins corporels du bébé qui
permette aux mères d'apprendre et de réguler les gestes qui le rendent propre
et "confortable" ;
- un secteur de détente corporelle et
mentale qui favorise les interactions apaisantes et accordées
entre le bébé, la mère, le père et la fratrie (pataugeoire,
piscine, yoga, pratiques corporelles, balancements sur des balancelles,
interactions avec des animaux dont la santé et le comportement sont contrôlés
...) ;
- un secteur de "bains
sensoriels" pour le bébé, contrôlés et sans surstimulation (mosaïques
de couleurs et de formes ; kaléidoscopes ; objets et personnages inducteurs de
sourires et de rires ; bruits, musiques et voix non anxiogènes ; bruits de la
nature ; substrats mous, durs, lisses ou rugueux ; odeurs "hédoniques"
et non agressives ...) ;
- un secteur d'information non
culpabilisante sur le bébé et le jeune enfant. On y met
l'accent sur : la diversité des scénarios de développement et l'unicité de
chaque personne-enfant ; la nécessité de respecter sans les confondre ses deux
"cartes d'identité" de veille-sommeil et de rythme alimentaire ; l'éventail
et la variabilité des "compétences" perceptives et interactives aux
différents âges ; les fondements d'un attachement "sécure" ; la
variabilité d'un enfant à l'autre dans l'âge d'émergence des compétences
motrices et corporelles (position assise sans aide, marche volontaire,
escalades...) et dans la maîtrise des sphincters ; les capacités de conquête de
l'espace ; l'importance de l'environnement dans l'émergence, la diversité, la
flexibilité, les changements et l'évolution des comportements, des modes de
communication et du langage, quels que soient les particularités génétiques ou
innées et les handicaps ; l'alimentation et les principes de diététique ; la
diversité des processus cognitifs ...
- un secteur de déambulation et de
"bavardage" sur des
superstructures (passerelles, plates-formes ...), dans une "salle de
rencontres" entre les mères et les
professionnels et dans un jardin aménagé qui permettent de faire évoluer les bébés
dans la troisième dimension de l'espace (hauteur et profondeur). Chaque bébé
peut ainsi découvrir dans les bras maternels les concepts nécessaires à l'intégration
des différentes dimensions de l'espace (au dessus, au dessous, en haut, en bas,
à côté, à gauche, à droite, à l'infini ...) ainsi que les relations spatiales
entre les personnes, les objets et plus généralement l'environnement;
- un secteur d'interactions entre les
différents bébés et les mères, et entre les bébés eux-mêmes, dans différents
positionnements corporels (allongés sur le dos ou sur le ventre, assis dans des
sièges appropriés, debout) ;
Le lieu-refuge pour les enfants âgés de six mois à trois ans.
Ce lieu accueille les enfants de l'âge
de six mois à la quatrième année. Il partage certains secteurs avec le
lieu-refuge des premiers âges : la sphère d'accueil, l'hôtesse et les
personnes-ressources, le secteur d'examen médical et psychologique de la mère
et de l'enfant, le lactarium et le secteur d'allaitement, le secteur de soins
corporels pour le bébé, le secteur de soins corporels et de
"valorisation" du corps pour la mère, le secteur de détente
corporelle et mentale, le secteur de libération du rire, le secteur
d'information non culpabilisante sur le bébé et le jeune enfant, le secteur de
prospection d'un lieu et d'une personne d'accueil (assistante maternelle, crèche
...), le secteur d'accueil du compagnon et des aînés, le secteur de
consultation médicale, le secteur de "libération" des mères (des pères)
de l'alcool, des drogues ou du tabac, le secteur de valorisation du savoir être
et du savoir-faire.
D'autres secteurs sont conçus pour répondre
aux spécificités et évolutions de l'âge de six mois à l'âge de quatre ans :
- une sphère
d'accueil dont l'aménagement est conçu pour que chaque enfant et sa mère (son père,
sa fratrie ...) puissent développer entre eux des interactions accordées et se
"nourrir" mutuellement de sécurité affective : lieux de
blottissement "corps à corps" aménagés pour "rêver",
"se raconter" des histoires ... ; dispositifs d'auto-balancement
(balancelles, balançoires ..) ; parcours de poursuites ludiques ; parois percées
d'orifices qui autorisent le cache-cache et les retrouvailles face à face ;
spectacle animalier, etc. (voir les aménagements déjà réalisés à Besançon,
Montpellier, Bordeaux ...). La sphère d'accueil est aussi conçue pour que
les enfants puissent "se réveiller" à leur rythme s'ils ne sont pas
encore tout à fait sortis d'un épisode de sommeil, c'est-à-dire
retrouver un certain niveau de vigilance et donc d'alerte par rapport à
l'environnement (nids de blottissement, alvéoles et niches, "piscine à
coussins" qui permette l'enfouissement ...). Elle est enfin conçue
pour que l'enfant et ses accompagnateurs puissent dépasser les peurs et l'insécurité
affective qu'ils ont développés à la maison ou sur le trajet pour se rendre à
la maison de la petite enfance (espace de détente dans une ambiance de
musiques non anxiogènes, de formes et de couleurs, rencontre avec des personnes
sécurisantes, spectacle de poissons dans un aquarium, interactions avec un
clown, interactions avec des animaux familiers ...) ;
- un lieu
de calme, de détente corporelle et de sommeil permet de
recevoir les enfants qui somnolent ou qui présentent les indicateurs habituels
de l'endormissement, quel que soit le moment de la journée. On peut ainsi
respecter le rythme ultradien veille-sommeil de chaque individu à chaque âge ;
- un lieu
d'apprentissage de toutes les dimensions de l'espace, en interaction avec la mère,
le père ... (escalade et descente d'un espalier,
d'un escalier, d'une rampe, d'un toboggan, "d'un mur à grimper",
d'une échelle de cordes ... ; parcours d'un circuit de bosses, creux,
plates-formes, passerelles, "pont de singes" ... ; traversée
d'espaces concentriques "en millefeuille" qui permettent la conquête
de la profondeur ; etc.) ;
- un lieu
d'exercices corporels et de construction du schéma corporel avec les
parents, les pairs et les professionnels (jeux avec des cerceaux et des
ballons, "montagnes russes" ...) ;
- un lieu
de rencontre entre les enfants qui
autorise les recherches et poursuites ludiques (labyrinthe, dédale, circuit en
boucle "24 heures du Mans", piste "cyclable" pour
tricycles, camions chevauchés ...), les interactions inductrices de rires et d'échanges
("piscine à balles" ; "circuit automobile" avec des rampes
sur lesquelles des autos miniatures peuvent être guidées, échangées ...), les
coopérations (possibilités multiples de constructions de tours, pyramides,
immeubles ... avec des blocs, boîtes, pneus ... ; possibilités de combiner ses
comportements et ses efforts à ceux des pairs pour faire tourner un manège,
actionner une cloche ...), et les comportements d'entraide dans l'espace et
autour d'une table ;
- un lieu
de défoulement pour les enfants et les parents (roulades,
lancers de cubes de mousse, de balles et de coussins ; sauts et plongeons dans
une "piscine à coussins" ou une "piscine à balles" ; jeux
de quilles ; jeux de percussion sur des tambours, cymbales ... ; "jeux de
massacre") ;
- un lieu
de "libération" du langage, de jeux de rôle et de jeux symboliques ;
- une
mezzanine de narration d'histoires, de contes ... et de bains linguistiques;
- un
"lieu-théatre" de marionnettes ;
- un lieu
d'assemblages et de création autour de tables aménagées (constructions
avec des éléments du type Légo, mécanos, puzzles, dessins, peintures ...) ;
- un lieu
de dînette et de convivialité autour d'une table ;
- un lieu
aquatique d'activités ludiques ;
- un lieu
de préparation aux "conditions" de l'école maternelle ;
- un lieu
d'ouverture sur le monde (posters,
photographies, films ... sur la diversité des populations et des modes de vie,
des flores, faunes, univers minéraliers, climats ...) ;
- un lieu
de présentation des activités sociales, musicales, culturelles, sportives ... du quartier, de la cité, du
milieu rural ... qui sont ouvertes à la mère, au père ...
- un lieu
de création des solidarités avec les autres enfants et les autres familles.
Le lieu de médiations croisées
Ce lieu permet d'apaiser et de réduire
les "conflits croisés" entre la mère, le père, la fratrie et
l'enfant, entre les deux parents et les grands-parents, entre l'enfant et ses
nouveaux partenaires familiaux si la famille est recomposée (beau-père, belle-mère
...), entre l'enfant, ses parents et les personnes des structures d'accueil
s'il est habituellement au domicile d'une assistante maternelle, dans une crèche
ou dans une école maternelle, entre les différents professionnels de la maison
de la petite enfance. Les parents peuvent y trouver une personne-ressource qui
les aide à comprendre et "gérer" leurs conflits avec leurs voisins,
leurs employeurs, les administrations ... Il apporte une aide à la résolution
des conflits dans les équipes des structures d'accueil de la petite enfance (crèches,
haltes-garderies, pouponnières, écoles maternelles ...).
Les personnes-ressources du lieu de médiations
croisées sont des grands- parents, des psychologues, des pédopsychiatres, des
travailleurs sociaux, des éducateurs, des magistrats ... ou des sages identifiés
pour leur esprit de conciliation.
Le lieu de prospective et de perspective pour l'enfant et ses
parents.
Ce lieu permet de rechercher les
solutions les plus appropriées aux difficultés rencontrées par l'enfant, la mère
et la famille dans leur vie quotidienne :
- création ou reconstitution des
conditions qui puissent favoriser des interactions accordées et nourrir un
attachement "sécure" entre l'enfant, sa mère et les autres
partenaires familiaux ;
- restabilisation et protection des
rythmes veille-sommeil et des rythmes d'activité désynchronisés par rapport à
l'alternance du jour et de la nuit et par rapport aux rythmes sociaux, soit
pour des raisons personnelles (personnes insomniaques ou aux rythmes décalés,
"lève-tôt", "couche-tard" ...), soit pour des raisons
professionnelles (travail de nuit, horaires très matinaux ou tardifs, travail
posté ...), soit à cause d'un environnement perturbé par les ambiances sonores,
les intrusions, les allées et venues ...
- identification des personnes et
structures qui puissent accueillir l'enfant en dehors du domicile familial
(assistantes maternelles, familles d'accueil, crèches, écoles maternelles ...)
;
- restauration des liens entre les
parents et leur famille ;
- projets des parents pour l'enfant ;
- perspective d'avenir pour la mère
et la père.
Le lieu d'information et de communication multiculturelles.
Une médiathèque permet aux mères et
familles de rencontrer des personnes-ressources qui les orientent vers la
lecture ou le visionnement de documents permettant de répondre aux questions
qu'elles se posent sur la conception, les moyens anticonceptionnels, la
grossesse, l'accouchement, la vie foetale, les besoins, la sensorialité, les
rythmes, les compétences ... du bébé, les structures d'accueil de la petite
enfance, etc. Les personnes-ressources les accompagnent dans la découverte de
l'information et, si cela est nécessaire, dans son explication. Les moyens
audiovisuels sont privilégiés. La constitution d'un réseau de mères et de
familles "expérimentées" et la présence de sages-femmes, infirmières,
puéricultrices, éducatrices de jeunes enfants, orthophonistes ... dans l'équipe
de la Maison de la Petite Enfance, permettent aux mères et familles de
rencontrer des personnes-ressources qui apportent respectivement le poids de
leur vécu et le poids de leur compétence professionnelle autour de la lecture
et du visionnement des documents.
Des rencontres sont régulièrement
organisées dans un lieu de parole autour de livres, films, consultations
cliniques, faits divers, documents multiculturels... sur la vie prénatale,
l'après-naissance, les pratiques relationnelles et éducatives dans différentes
cultures et ethnies...
Des petits groupes de parole sont
constitués autour des mères adolescentes, marginalisées, maltraitées, droguées,
prostituées, plus généralement en difficulté personnelle, familiale, sociale,
culturelle ou ethnique.
Le lieu de formation pluridisciplinaire des différents catégories
de professionnels concernés par la vie prénatale, l'après-naissance et la
petite enfance.
Les trois lieux-refuges, le lieu de médiations
croisées, le lieu de prospective et de perspective pour l'enfant et ses
parents, et le lieu d'information et de communication pluridisciplinaires,
fournissent aux professionnels concernés un livre inédit de vie qui complète très
concrètement et de façon diversifiée leur formation scolaire, universitaire et
hospitalière, qu'il s'agisse des médecins généralistes, pédiatres, pédopsychiatres,
de protection maternelle et infantile ou autres, des sages-femmes, infirmières,
puéricultrices ou autres collaboratrices des cliniciens, ou encore des éducateurs,
professeurs des écoles, travailleurs sociaux, magistrats, responsables des
services municipaux ou départementaux de la petite enfance ...
Le lieu de valorisation des savoir être et des savoir-faire des enfants et
de leurs parents.
Ce lieu permet de valoriser les
savoirs êtres des futures mères, des mères et des familles à travers des
"spectacles" appropriés qui révèlent leurs talents de conteuse,
discutante, chanteuse, mime, comédienne, clown, danseuse, cascadeuse,
illusionniste ... Leurs savoir-faire sont également valorisés à travers
l'affichage, l'exposition, la diffusion ... de leurs compétences en écriture,
peinture, sculpture, broderie, tissage, préparations culinaires ...
Ce lieu a aussi pour mission de
valoriser les compétences du foetus et du bébé ainsi que les savoirs être et
savoir-faire des enfants du lieu-refuge pour les enfants âgés de six mois à
trois ans (conquête de l'espace, interactions sociales, habiletés motrices pour
transformer les objets et en créer de nouveaux, réalisations picturales, maîtrise
du corps dans la danse, talent de clown ou de conteur, etc.).