Grande
découverte:
des
savants affirment que l'on apprend plus facilement à lire avec les mains…
A quand l'apprentissage de
la lecture avec les pieds?
On lit dans la très sérieuse
revue "Pour la science" (avril 2003, pages 14 et 15) qu'un groupe de
chercheurs, des vrais, du "laboratoire cognition et développement" de
l'université René DESCARTES et du CNRS et de l'université de Savoie "vient
de montrer que l'exploration tactile des lettres en relief facilite le début de
l'apprentissage de la lecture". Partant du principe admis sans
contestation par ces brillants chercheurs que "apprendre à lire consiste à
développer d'abord des représentations mentales des lettres et des sons puis à
associer l'image d'une lettre et le son correspondant", ce qui est déjà édifiant,
ils ont travaillé sur des échantillons considérables pour comparer deux types
d'apprentissage: 26, oui 26, enfants de 5 ans "qui ne savaient pas
lire". "Pour le premier, classique, on n'a sollicité que la vision et
l'ouie". Chacun sait que la lecture n'est qu'une affaire d'œil et
d'oreille et que l'intelligence, l'affectivité, n'ont rien à y voir ni à y
entendre, mais, ce n'est qu'un détail…
Passons. On a quand même affaire à des savants! Pour le second, on a fait
appel, tenez-vous bien, "au sens haptique. Les enfants doivent explorer la
lettre en relief d'abord en la
regardant, puis dissimulée sous un cache". Seuls des savants peuvent
inventer des expériences comme celle-là. On a découvert que "les enfants
lisent deux fois plus de pseudos mots (ti, ia, ari…) après l'apprentissage
visuohaptique qu'après l'apprentissage classique"… A l'évidence, le sens
n'a aucune importance sauf pour les enfants qui lisent et relisent des dizaines
de livres avec leurs parents depuis le berceau et qui ont déjà construit
eux-mêmes des systèmes pour la compréhension et pour le plaisir. On ignore
d'ailleurs tout des enfants cobayes: milieu socioculturel, rapport au livre et
à l'écrit avant l'entrée dans la recherche, représentations sur l'apprentissage
de la lecture, fréquence des rencontres avec les livres… Mais des savants de
deux universités différentes ont vérifié ce qu'ils avaient prévu, cela suffit
aujourd'hui pour faire une vérité d'une idiotie et pour alimenter l'opinion
publique avide de connaître les raisons de l'échec relatif de l'Ecole dans ce
domaine.
On avait déjà de grands
spécialistes qui pensaient que la langue écrite n'était pas suffisamment
complexe pour être apprise sans une autre écriture associée, l'alphabet
phonétique, celui-là même qui terrorise les enfants, ou sans des dessins
pictogrammes ou hiéroglyphes associés à ranger dans les petits tiroirs de
petites armoires.
On avait aussi d'autres
spécialistes qui avaient découvert que, pour les enfants en difficulté, il
fallait nécessairement utiliser des méthodes plus bêtes que pour les enfants
normaux. C'est ainsi que l'on a interdit de fait de lire des textes, à des
enfants concentrés sur des phonomimiques et des gestes, associés aux sons,
impossible à mémoriser par des enfants normaux, détournant sans cesse les
élèves de l'objet principal de l'apprentissage, l'écrit porteur de sens.
On a encore ceux dont les
lobbies sont si puissants qu'ils parviennent à discréditer les enseignants et
la pédagogie en recherchant la maladie dans la moindre difficulté sans se
préoccuper ni des sciences de l'apprentissage ni des facteurs sociaux et
culturels qui déterminent largement l'échec scolaire.
La découverte de cet éminent
laboratoire du CNRS, qui va sans doute dépenser de l'argent public pour
poursuivre cette recherche fondamentale, va assurément révolutionner les
classes et leurs enseignants dont personne ne parle. Quantité négligeable!… Nul
doute que les orthophonistes qui, insatisfaits de la définition première de
leur métier, se sont appropriés l'apprentissage de la lecture, puis celui des
maths (dyscalculie), vont s'emparer de cette nouvelle maladie que sera la
dysvisuohaptiquie, à moins que les kinésithérapeutes aux aguets se découvrent à
leur tour des compétences dans le domaine de l'apprentissage de la lecture avec
les mains.
Mais le pire n'est jamais
sûr. On annonce que des chercheurs sont sur le point de faire la preuve sur un
échantillon de 10 enfants qu'il est encore plus efficace d'apprendre à lire
avec les pieds qu'avec les mains!
Pierre
FRACKOWIAK
le
29/03/2003