LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N°7-3 Juillet 2003
Sommaire
Respecter les
élèves pour refonder l’autorité des profs…
Paroles (insulter, mépriser, rabaisser, se
moquer, humilier…) :
Injustices, sanctions interdites :
Pendant les épreuves du brevet (le
"vrai", pas le "blanc" !) :
Rencontres de
l’éducation citoyenne
La revue de
Psychologie de la Motivation…
Bordeaux :
exposition-rencontre du 4 au 8 juillet 2003
Une invitation
adressée aux associations et mouvements d’éducation
***
Nous sommes nombreux (mais fortement minoritaires dans la population française) pour estimer qu’un grand débat national sur l’Ecole est nécessaire et même urgent. Cela tombe bien : c’était un des points du programme du candidat Chirac ! Prévu pour être lancé au printemps dernier par le gouvernement, il a souffert d’une actualité « brûlante », mais cette fois, c’est décidé, le voici programmé pour commencer dès septembre, donc dans un mois !
Xavier Darcos a même précisé le calendrier prévu :
- jusqu’à la Toussaint, « diagnostic sur l’état actuel de l’Ecole par des spécialistes » : qui seront ces spécialistes ; comment seront-ils désignés ? par qui ? qui fera la synthèse de leurs travaux ?
- Puis, jusqu’au début 2004, « diagnostic partagé » : l’intention semble être de faire partager aux Français le diagnostic retenu par les « autorités » (dans tous les sens du terme).
- Enfin, la phase des « réformes » sensées améliorer le système, axées sur quelques « grands dossiers » cités par le Ministre (liste non limitative, espérons-nous) :
o « la lutte contre l’illettrisme », thème récurrent depuis des décennies, qui, jusqu’ici, a surtout été traité sur un mode passionnel et parfois démagogique : peut-on espérer une vraie prise en compte des réalités de terrain, cette fois ?
o « l’éducation à la santé » ; thème important, sans doute, qui mériterait d’être abordé dans le cadre d’une réflexion globale sur nos modes de vie … de production et de consommation, notamment.
o « l’initiation à la prévention routière » … qui gagnerait à se situer dans un contexte éducatif global.
o la reprise des questions touchant l’enseignement artistique « un peu délaissé depuis un an » ;
- Cette phase devant être couronnée par le vote d’une nouvelle Loi d’Orientation remplaçant celle de 1989, présentée comme responsable de la décadence de notre Ecole actuelle.
Sont-ce là les questions de fond qui se posent à une Ecole qui doit faire face aux grands défis des années présentes et à venir ? Ce débat ainsi cadré répondra-t-il à tous les appels et manifestes lancés depuis plusieurs années par divers mouvements, groupes, personnes ? Mais aussi, pourquoi aucun de ces appels n’a-t-il été suivi d’effet réel jusqu’ici ?
Peut-être tout simplement parce que le « grand public », dans sa majorité, les citoyens que nous sollicitons, n’en voient pas vraiment les contours, ni même la nécessité ? Peut-être les sondages ont-ils raison lorsqu’ils disent que les parents sont, dans l’ensemble, contents de l’Ecole telle qu’elle est ? Peut-être sont-ils des consommateurs d’Ecole « plutôt satisfaits » ?
Sans doute aussi parce que les angles d’approches proposés sont nombreux et apparaissent souvent comme techniques, réservés aux spécialistes, aux professionnels. Ne faudrait-il pas d’abord que nos concitoyens, notamment les parents d’élèves qui n’ont pas connu la genèse de la situation actuelle de l’Ecole, en soient informés : Gaston Mialaret, François Dubet et d’autres dénoncent à juste titre le fait que le Collège actuel ne soit que la transposition de l’ancien premier cycle des Lycées ; mais les quadragénaires qui n’ont pas connu ces anciens Lycées peuvent-ils en réaliser les conséquences ? Un effort d’information sur l’histoire des cinquante ou soixante dernières années est sans doute nécessaire : les médias joueront-ils le jeu pour expliquer en termes simples ce que l’on trouve dans certaines revues lues seulement par quelques professionnels ? Un diagnostic sur l’état actuel de l’Ecole peut-il être fécond si on ignore les raisons qui l’ont conduite là où elle en est ?
Sans doute enfin parce que l’accent n’est pas suffisamment mis sur le lien fondamental qui unit les finalités de l’éducation (d’où devraient découler les missions assignées à l’Institution Ecole) et le projet de société qui lui donne sens. Et que donc ceux qui se mobilisent pour faire advenir « une autre société » et qui luttent le plus souvent sur une dimension[1] (selon le très bon principe « penser globalement, agir localement ») n’ont peut-être pas suffisamment réalisé qu’il n’est pas d’action, locale ou non, qui soit « durable » si elle ne s’appuie sur « une autre éducation » et donc, notamment mais pas uniquement, sur « une autre école ». Qu’il y a là une réflexion et une action à la fois locales et globales à mener ensemble, réflexion et action qui devraient mobiliser tous les citoyens dans une démocratie.
Le débat public annoncé par nos gouvernants n’a que peu de chances d’aborder cette dimension. Nous, personnes isolées ou groupées, associations ou mouvements, tenterons de faire entendre nos petites musiques différentes, sans vrais moyens, comme toujours, d’être largement entendus. Si cela nous permettait déjà de nous « entendre[2] » entre nous, au-delà de nos points de vue particuliers pour prendre conscience de ce qu’il y a de commun dans nos projets de société respectifs, c’est à dire une certaine conception de « l’humanité[3] » – et en tirer les conséquences sur nos propres comportements personnels, - nous pourrions alors amorcer ensemble la dynamique d’auto-co-éducation qui sera le fondement même de l’Ecole[4] à faire advenir : quelle qu’en soit l’issue, le débat sur l’Ecole lancé officiellement ne devra pas s’arrêter après le vote de la nouvelle loi d’orientation !
Pour terminer, j’extrais ce passage qui présente un ouvrage (que je ne citerai pas ici, ne l’ayant pas lu) : « Ce dont le monde a vraiment besoin, c'est d'une transformation culturelle radicale, permettant de mettre fin aux contradictions dans lesquelles, pour la plupart, nous vivons.
On pourrait résumer ces contradictions ainsi : pour garantir son avenir individuel immédiat et celui de ses proches, chacun de nous est conduit à participer, tantôt comme consommateur tantôt comme producteur, à une vaste entreprise de destruction visant la nature autant que les rapports entre les hommes. Entreprise contre laquelle sa conscience s'insurge mais qui semble inscrite dans un inexorable déroulement. »
Qu’en pensez-vous ?
G.H. juillet 03
***
Tel était le slogan figurant en tête de cartes postales éditées par la fédération Ensemble Changeons l’Ecole (ECE) à la veille des élections de 2002. (voir lettre 2-2 ou http://assoreveil.org/lettre_2-2.html). Slogan provocateur ?
Voici le témoignage d’un jeune professeur
ulcéré par le comportement de certains de ses collègues. Il ne s’agit pas de
généraliser : la majorité des enseignants se comporte sans doute de
façon très correcte ; mais de faut-il pas dénoncer ceux qui,
manifestement, ont des conduites indignes d’un éducateur, d’un être humain en
général ? Pratiquement, que peut faire notre jeune ami dans un cas
pareil ?
En fin de 2e trimestre,
j'ai fait un rappel des règles de vie au collège. Evoquant l'indispensable
réciprocité du respect entre les adultes et les enfants, j'ai été informé
a. du manque de respect inadmissible de certains profs (une bonne dizaine) envers les élèves (voir les exemples ci-dessous)
b. de l'absence totale de plainte des élèves.
Saisi à ce sujet, le principal a
répondu :
a.
"si des faits semblables se déroulent au collège, je suis tout de suite
informé par les élèves, les parents…"
b.
"Or je n'ai jamais été informé de tels faits"
c.
déduction logique des 2 prémisses ci-dessus : donc ces faits ne se sont pas
déroulés
d.
"ceci n'est pas de votre ressort"
e.
"vous n'auriez pas dû évoquer le respect des profs envers les élèves"
f.
"j'attends les plaintes pour agir"
Le Principal participe lui-même
activement aux "manques de
respect" envers les élèves :
-
prend un élève par le col et le tire dans son bureau
-"allez
! à la niche !" à deux élèves venus chercher le cahier de texte
-
"tu sais ce qui est inscrit sur ton tee-shirt ?" –non répond l'élève,
"je suis une idiote !" (le tee-shirt portait des fragments illisibles
de mots anglais)
-
le principal extirpe un élève hors d'une classe, le colle contre le mur du
couloir puis contre la porte
-
"hep toi !" en pointant bien fort du doigt sur l'épaule de l'élève à
plusieurs reprises et avec insistance
-
"je sais comment vous êtes (les élèves) ! Au départ il y a toujours une
provocation de votre part" à une élève qui se retrouve dans son bureau
après avoir été traité de "pétasse" par sa prof.
- "crétins"; "abruti"
; "petit con"; "merdeux"; etc.
- "t'es nul, tu comprends jamais
rien" ; "t'es une idiote"
- "si j'avais corrigé ta copie, je ne
t'aurais jamais mis cette note" adressé à un élève en rendant une copie
d'un brevet blanc, la note était de 24/40 ;
- "vous n'arriverez jamais à rien !
"
- "On ne finira jamais le programme !
Si vous voulez rester des crétins toute votre vie ! Je m'en fous moi, je suis
payé pareil"
- "vous ne fichez rien si vous voulez
! je m'en fous moi j'ai mon bac"
- nommer un élève durant toute l'année
"pie crevée" car il est bavard et fatigué. Une collègue qui a
également cet élève l'appelle également "pie crevée" et a dit
"pie crevée… je t'aurais plutôt appelé tête de cocker"
- "arrête de souffler comme une
grosse baleine" adressé à une adolescente souffrant de surcharge pondérale
;
- "arrête de t'affaler sur ta chaise
comme un gros sac" adressé à un adolescent souffrant de surcharge
pondérale ;
- "enlève moi ça ! on n'est pas à la
foire aux bœufs" à une élève ayant un nouveau pearcing ;
- "baisse les yeux" ; "ne
me rétorque pas"
- "si vous ne voulez pas travailler
allez en perm ou restez chez vous" puis se raviser quand les élèves se
lèvent
- "vous êtes une classe
d'abrutis" ; "ça va chier des bulles" ; "si vous n'arrivez
pas [votre exercice] je m'en fous, vous serez dans la merde l'année
prochaine" ; "dans la classe y'en a au moins qui travaillent et qui
m'ont aidé à finir l'année, ceux-là je les remercie" ; "heureusement
que je ne suis pas allé au conseil, je vous aurais enfoncé, vous êtes une
classe de nuls, de je-m'en-foutistes" ;
- "ça te fait marrer ? Il se croit
tout permis le génie de la classe ?!" à un élève qui -comme toute la
classe- riait car il avait entendu les bruits de claques à travers la porte.
- des claques, des grosses claques
- des tapes,
- des stylos, des craies lancés à la
figure,
- des enfants secoués, secoués contre le
mur, plaqués au sol,
- retenus par les vêtements, les bras pour
les empêcher d'aller se plaindre
- entraîner un enfant dans le couloir pour
poursuivre l'engueulade et en profiter pour le pincer lui tirer les oreilles…
- engueuler un élève retardataire en
possession d'un billet de retard puis, le lendemain, crier sèchement "Ca peut arriver à tout le monde"
pour excuser son propre retard ;
- faire copier des lignes ;
- faire agenouiller devant sa table un
élève qui se balançait sur sa chaise, le coller quand il refuse de
s'agenouiller
- mettre un élève au piquet, avec
interdiction de s'appuyer au mur ;
- mettre un élève à la porte ; mettre un
élève portant des béquilles à la porte ;
- mettre un élève au piquet dans la cours
et le surveiller depuis sa fenêtre ;
- mettre un élève en pénitence dans la
remise ;
- exclure de cours un élève sans raisons
graves ;
- présenter aux élèves des documents
illisibles et exiger une présentation irréprochable ;
- punir les élèves qui auront moins de
10/20 au prochain contrôle et coller ceux qui auront moins de 05/20 ;
- coller un élève pour un motif bénin sans
avoir appliqué les sanctions inférieures prévues par le règlement ;
- mettre les bons élèves devant et les
mauvais ("ceux qui ne veulent pas travailler") au fond ;
- donner une punition (des lignes) à ceux
qui ont échoué à un des exercices du devoir
- produire un règlement interne au cours
de français (hors règlement du collège)
- faire copier le règlement interne de la
classe de français
- continuer le cours après la sonnerie et
supprimer ainsi des minutes de récréation
- faire asseoir sur une chaise dans le
couloir (puis dans la classe) en tenant la main sur la poignée (poignée levée)
- lors de la surveillance d'un brevet
blanc, un prof se cure le nez ; des élèves le voient et rient ; le prof se vexe
et les exclut de l'épreuve.
- "sale arabe" ;
- "vous les Turcs vous êtes mariés à
4 ans" ;
- "vous [les Turcs] fêtez la fête du
mouton, pourquoi pas la fête de la dinde !"
- "comme par hasard c'est un garçon
qui a fait ça" ; "il n'y a que les filles qui travaillent bien, les
gars c'est une catastrophe"
- "c'est des gogols les parents qui
ne comprennent pas" à un enfant dont les parents sont Turcs
- "ça sera ta parole contre la
mienne" quand un élève dit qu'elle n'a pas le droit de les insulter ni de
les frapper
- "si tu te plains, ça ira mal pour
toi" adressé à un enfant qui venait d'être secoué contre le mur
- "si tu continues je te fous des
claques" vous n'avez pas le droit ! "je ferai ça dans le couloir à
l'abri des regards"
- "Ce devoir est nul " ;
"devoir quasi-nul" ; "c'est du niveau CM2"
; "tu n'as rien fait depuis le
début de l'année !" ; "bilan lamentable après 8 ans de français"
; "7 ans de français pour arriver à une telle ignorance, une telle
pauvreté d'expression, 1 mois en xe qui n'a servi à rien" ;
"charabia" ; "leçon non
apprise, fainéant !! et la fiche ? et la dictée, a quoi ont-elles servi ?
" ; "quand tu auras remédié à
ta fainéantise, tu auras remédié à beaucoup de choses" ; " quand tu
travailleras le soir et que tu auras remédié à ta fainéantise, tu progresseras"
- "t'as pas honte d'écrire ça ? tu te
fous de nous !" à un élève après avoir lu une partie de sa copie.
- prendre des copies et les lire. »
***
ECE (Ensemble Changeons l’École) et RÉCIT (Réseau d’écoles de citoyens) ont pris l’initiative de proposer les
Premières rencontres de l’éducation citoyenne
pour
que chacun puisse être acteur de sa propre vie et citoyen d'un monde solidaire.
L’objectif est de rassembler ceux qui agissent dans des domaines aussi différents que l'école, l'éducation populaire, les mouvements de consommateurs, des organismes de services à la petite enfance aux familles ou aux personnes âgées, des associations citoyennes, des syndicats, des instances politiques, philosophiques et religieuses, pour se connaître et constituer un réseau qui rende visible la perspective d’une éducation émancipatrice..
Cette participation peut prendre plusieurs formes :
- participer au collectif de préparation des rencontres en y apportant vos questions, vos expériences et vos propositions
- contribuer à la préparation ou à l’animation d’un atelier, à partir d’une question ou d’une expérience que vous souhaitez partager avec d’autres
- participer au réseau de valorisation réciproque d’expériences diverses qui se met en place pour approfondir le projet pédagogique (réseau où chacun est observateur et observé, accompagnateur et accompagné, à la manière d’un réseau d’échanges de savoirs)
- participer aux rencontres. Pour les organisations nationales, cette participation peut s’organiser au niveau du mouvement et/ou des instances régionales, départementales ou locales, en mobilisant les expériences et les actions de terrain
Ces rencontres sont essentiellement destinées
à se connaître, échanger les expériences et élaborer une réflexion collective
sur ce qui nous réunit, à savoir une éducation du citoyen pour que chacun
puisse être acteur de sa propre vie et citoyen d'un monde solidaire
Vous trouverez joint en annexe une proposition de programme de ces deux journées[5], ainsi qu’une première liste d’ateliers proposés. Afin de construire ensemble ces rencontres, un collectif de préparation se réunira une première fois le :
auquel tous ceux qui le peuvent sont invités.
Elisabeth
BOURGAIN Didier MINOT
Déléguée fédérale d’ECE Président de RECIT
***
…vient de consacrer sa trente cinquième livraison à l’Art d’aider (II), Psychothérapie, culture, société. Y figure notamment un entretien de Charles Rojzman, psychothérapeute social, avec Armen Tarpinian, directeur de la Revue. Charles Rojzman y évoque l’école à plusieurs reprises. Voici, à ce propos, quelques extraits de cet entretien :
« … j’ai découvert petit à petit le poids de l’institution et son caractère pathogène : qu’il est vain de vouloir que les individus deviennent plus ouverts, tolérants, sociables, s’ils continuent à vivre dans une institution dont le système hiérarchique et compétitif inadapté favorise la peur et non la sociabilité. Je me trouvais face au paradoxe soulevé par Edgar Morin : « Comment changer l’être humain si on ne change pas les institutions ? Comment changer l’institution si on ne change pas les êtres humains ? » L’idée m'est venue de créer des environnements qui donneraient aux individus qui le veulent la possibilité de changer et de créer des dispositifs qui leur permettent d’agir sur les institutions[6]. Si l’école est différente, si le système politique est différent, si tout le système institutionnel est différent, moins pathogène, les individus vont développer leur sociabilité. Il y a là une causalité circulaire, une dynamique de changement à mettre en branle…
…Il y a dans la société un blocage à tous les niveaux. Chacun reste avec les préjugés de son milieu, de son quartier ; avec aussi ses préjugés idéologiques. La thérapie sociale vise au changement des individus, leur permettant par là-même de provoquer des changements dans les institutions. C’est très important pour éviter que chacun, par ignorance de ce que vit et pense l’autre, verse dans un manichéisme qui s’auto renforce dans les situations de stress comme celles que nous vivons…
… L’école aujourd’hui est malade et par là même pathogène, car elle n’a pas encore été vraiment capable de s’adapter aux changements de l’environnement. Autrefois, entre les enfants et l’école il y avait un contrat, implicite ou explicite, mais il y avait un contrat. Aujourd’hui avec la massification de l’enseignement, ce contrat n’existe plus. L’école fonctionnait en accord avec une certaine forme de société ; elle a été révolutionnaire à un moment de l’histoire en proposant de substituer aux hiérarchies féodales des hiérarchisations par le mérite. Cette école a permis de créer et d’accompagner la société industrielle avec ses hiérarchies contestables, mais qui fonctionnaient tant bien que mal. Son but déclaré n’était évidemment pas de favoriser l’échec, mais en exacerbant la compétition des gagnants elle crée des perdants.
…: Il y avait des échecs individuels, mais globalement ça se régulait à peu près. Aujourd’hui ceux qui sont en échec à l’école n’ont plus de place dans la société. Ils ne peuvent plus être tout naturellement paysans ou ouvriers. Cela provoque un grand sentiment d’inutilité sociale. Le système est en panne et doit changer. Bloquée face au changement, l’école devient pathogène. Voilà l’exemple d’inadaptation d’une institution qui crée de la peur, de l’agression et de la violence. Et beaucoup d’humiliation évidemment. Quand vous êtes rejeté par l’école et que vous n’êtes plus rien, vous compensez par la délinquance ou l’exaltation des identités, par exemple. La violence et la souffrance qui en résultent inciteront-elles à créer les conditions d’un véritable changement ?
… Comment peuvent-ils (les enseignants) utiliser avec les enfants les ressources inspirées de près ou de loin par la psychothérapie ? Comment par exemple apprend-on aux enseignants à créer une dynamique de groupe qui soit favorable réellement à la sociabilité ? L’école en général ne sait pas travailler avec des groupes. On n’apprend pas dans les IUFM à créer un contrat avec des élèves. Pourquoi ? Moi par exemple j’ai acquis un savoir-faire qui me permet de travailler avec des gens qui ont toutes sortes de points de vue et qui n’ont pas forcément la même volonté de travailler ensemble. Ça on peut l’enseigner aux enseignants. Ça demande une qualification particulière.
A.T. :
Les enseignants disent : on ne va pas dans les IUFM pour qu’on nous embête
avec de la dynamique de groupe.
C.R. : Oui, parce que cette dynamique de groupe est complètement déconnectée des questions des enseignants. Par exemple ils se plaignent que dans les IUFM on ne les aide pas à répondre aux questions les plus courantes : comment fait-on dans une classe quand un enfant se lève et insulte le professeur ? Dans mes groupes de travail, il y a des gens qui m’agressent. S’ils le font c’est qu’il n’y a pas eu auparavant de travail de contrat avec le groupe. Ce que j’appelle un travail de contrat, c’est comment faire émerger les résistances, les refus, les doutes, les peurs, pour qu’on les mette sur la table et qu’on dise : une fois qu’on sait tout ça, comment travailler et avancer ensemble ? Il faut apprendre aux enseignants à quitter un système patriarcal dans lequel l’enseignant représente l’autorité qui sait et régit tout et à entrer dans un système où l’autorité intègre la coopération et ne se considère plus comme la seule source d’information. C’est vrai aussi des autres secteurs sociaux et politiques. Aujourd’hui l’autorité n’est respectée comme légitime que si elle est respectable. Un policier n’est pas respecté parce qu’il est policier, mais parce qu’il est un bon policier. De même un professeur, ou un père. Le système patriarcal a disparu. Aujourd’hui quand vous allez chez le médecin, vous ne dites pas : il sait tout, moi je ne sais rien. Vous discutez. Le bon médecin aujourd’hui c’est celui qui écoute, accepte le dialogue, les questions.
…Il y a des choses très simples. Je peux en huit jours enseigner à des enseignants à devenir capables de former un groupe dans lequel tous les élèves vont coopérer et travailler ensemble. Sinon, sans aucune connaissance de la dynamique de groupe, ils vont se retrouver en face d’un groupe qui va raviver les peurs de base et déclencher des systèmes de défense. Il va y avoir création de sous-groupes. Ils vont entrer en guerre les uns avec les autres, avec des phénomènes de leadership, des dominants, des rebelles. Les classes c’est aussi ça. J’assurais la formation d’un groupe de professeurs dans un collège de Seine-Saint-Denis, à la suite de quoi ils ont décidé de partir en vacances avec les plus mauvais élèves en mathématiques et de passer 15 jours à faire des maths. Ils ont utilisé la vie de groupe dans le sens que j’ai dit, et établi avec les élèves un contrat. Dans le système ancien on ne proposait pas de contrat. jamais personne ne m’a expliqué pourquoi il fallait faire des mathématiques, je n’avais qu’à avaler le programme. J’ai refusé, je n’ai jamais appris les maths. Ici, travaillant sur les deux registres du groupe et du contrat, les enseignants ont obtenu des résultats étonnants. Toute la classe s’est passionnée pour les mathématiques. »
La revue de psychologie de la motivation
peut être obtenue à son siège, 83 av. d’Italie, 75013 PARIS.
Le numéro : 12,50 € + 3 € de frais de
port ; abonnement annuel (2 numéros) : 25 €.
***
Organisée sous l’égide de la Fondation pour le Progrès en Education, cette rencontre a été très riche : 23 intervenants (dont une légère majorité d’enseignants ou d’ex-) ont animé des débats, tables rondes, forums, au long de ces quatre jours, sur des sujets très variés, toujours en relation avec l’éducation. C’est dire si le programme a été copieux !
Les participants, venus d’horizons variés, ont permis des échanges qui, nous l’espérons, seront féconds pour la suite : les actes de cette rencontre seront réunis sur un cd-rom dans les semaines à venir. Sylvaine Marandon, Présidente de la Fondation, annonce une « évaluation de la rencontre » ainsi qu’un compte-rendu global, sans doute pour la prochaine Lettre.
Dores et déjà, un « comité de pilotage » formé à la suite de cette exposition-rencontre projette de lui donner des suites. Il devrait se réunir à Paris aux alentours du 20 novembre 2003.
Les panneaux réalisés pour l’exposition pourront servir, s’il y a des demandes, pour d’autres expositions proposées dans d’autres villes. REVEIL pourra servir de relais.
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« Lors de leurs journées d'été, les Verts, reprendront les questions traitées, agitées, au printemps, notamment celle du service public et de sa défense et transformation.
Un atelier débat sur le thème de la « DÉFENSE ET TRANSFORMATION DU SERVICE PUBLIC : COMMUNAUTÉ EDUCATIVE, MYTHE OU REALITE ? » sera organisé Samedi 23 août après midi (Marseille, faculté des sciences de Luminy).
Les mouvements éducatifs qui militent dans l'innovation au sein du système ou dans des réseaux spécifiques, sont invités à proposer des solutions ; l'expérience et l'action de tous sont utiles en ce sens. Ils sont cordialement invités à participer à cette demi-journée de travail. »
Jean Paul RUSSIER
Responsable de la Commission nationale Education des Verts.
***
à cotisation (non obligatoire) et autres !!!
R.E.V.E.I.L. est une association nationale ouverte aux
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Merci aux personnes souhaitant soutenir notre action
et, si possible, agir localement dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L.
(ou en renouvelant leur adhésion pour 2003) de bien vouloir se signaler
(chèques au nom de R.E.V.E.I.L. à PERRIER ). Merci aussi et surtout à celles
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La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à assoreveil@wanadoo.fr
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Prochaine lettre vers la fin août 2003. Entre
temps, quelques flash possibles selon l'actualité .Enrichissez cette LETTRE par
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Contact :Georges HERVE, adresse postale : rue du Château 63500 PERRIER
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[1] Agir pour l’environnement, par exemple, qui vient de lancer une campagne pour la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, une OME formant une sorte de contre-pouvoir à l’OMC : le texte de cet appel est présenté sur http://www.globenet.net/ape. Au rayon «environnement, développement durable » du site globenet, il est frappant de voir le nombre d’associations qui s’y emploient, chacun dans une perspective précise, évidemment dans l’idée d’un projet d’une « autre société » mais sans jamais l’expliciter - et sans en tirer les conséquences qui ne seront pas toujours très populaires… Cet appel est signé par plein de gens connus, dont Albert Jacquard et Edgar Morin.
[2] Et de nous écouter…
[3] dans tous les sens du terme, notamment dans ses implications éthiques …
[4] et de la société…
[5] Ces documents et d’autres informations concernant cette initiative figureront sur le site Internet de Réveil à partir du 10 août prochain.
[6] N’est-ce pas là l’un des objectifs essentiels poursuivis par les « établissements pionniers » dont l’Institution Education nationale a tant de mal à reconnaître la nécessité .