LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N°5/6 MAI-JUIN 2001
Additif 1
Suite à la diffusion "électronique" de la Lettre
5/6, j'ai déjà reçu quelques encouragements : je redis ici combien ils me sont
précieux ; merci donc. Mon ami et complice Fred Meyer m'a fait cinq remarques
qui permettent, je crois, de préciser
certains points – et d'ouvrir un débat si vous le souhaitez. Je les diffuse donc
largement avec quelques éléments de réponse en italique.
***
Je partage largement ce que tu exprimes.
Je voudrais préciser / renforcer / nuancer certains points.
1. Aujourd'hui, le mot "culture", dans son acception la plus usuelle (commune!), renvoie surtout à la notion de "spectacle" (cf: "ministère de la culture").
C'est vrai que le mot est employé à tort et à travers aujourd'hui – l'une
des raisons qui me font penser qu'il serait bon d'en rechercher ensemble
une définition qui ait du sens dans la perspective évoquée par François Dubet.
Et la chose renvoie à la culture individualiste et marchande.
2. À l'époque de Jules Ferry, il s'agissait de transmettre une culture commune existante (ou des sous-cultures semi-communes). Maintenant, il s'agit d'en créer une.
C'est très exactement ce que je voulais exprimer en écrivant " La
culture commune élaborée au quotidien dans les classes "; je
préciserai " dans et par
la pratique quotidienne ". Il est évident qu'une telle
"culture commune" ne peut constituer un "ensemble fini" une
fois pour toutes, rangé dans quelque Olympe académique et susceptible d'être
"transmis", mais d'une "création permanente" – au même
titre que la "démocratie" !
3. Peut-on appeler "culture commune" ce qui est plutôt une contre-culture
marginale? Ou encore: es-tu bien sûr que tu veuilles propager une culture
commune et non pas une forme de pensée unique qui, pour m'être plus sympathique
que d'autres, peut cependant déboucher sur un conditionnement ? (oh! quel affreux je suis!)
Contre-culture marginale ? C'est vrai actuellement ; mais – et j'en
prends à témoin les sociologues – il me semble que ce sont souvent (toujours ?)
des atypiques (minoritaires, marginaux…) qui sont à l'origine des évolutions
(ou des révolutions – sans rapport avec celle de Mao) culturelles.
Peut-on conditionner quelqu'un à être ouvert aux autres ? Personnellement, je craindrais plus
une "formalisation" qui viderait peu à peu le concept de sa substance
(on connaît bien des coopératives qui n'en ont plus que le nom – et la
formalisation excessive des pratiques démocratiques peut aboutir à leur
négation)…
4. Comment l'école pourrait-elle être le vecteur d'une absence de culture commune, puisque non seulement il n'y a pas de culture commune à l'ensemble (ou la majorité) de la société, mais non plus au sous-ensemble des enseignants?
"Être le vecteur d'une absence de culture commune" : la formule
est jolie et éloquente sous son allure paradoxale. Mais justement, - et je
crois que nous partageons cette opinion depuis quarante ans – ce n'est pas de
l'École (l'institution actuelle prise dans son ensemble) que j'attends le
changement, mais de "foyers" (éléments atypiques dispersés dans
l'ensemble) ; si notre hypothèse de
départ s'avère fausse (à savoir que ce ne sont
que les "initiatives locales", oeuvrant au quotidien, qui
pourront faire bouger les choses – et notamment susciter des questionnements
dans le "grand public", faisant émerger une réflexion, un débat de
fond…) si donc cette hypothèse s'avérait fausse, quel autre voie que le retrait
amer et désespéré dans notre tout d'ivoire ?
5. Je ne tiens pas à une culture commune. Je désirerais des cultures multiples, diverses, qui n'auraient en commun que le fait d'être des cultures d'ouverture sur les autres. Mais même à cet objectif plus restreint s'opposent les mêmes arguments que plus haut!
C'est ce qui m'a poussé à faire suivre ma réflexion par l'évocation du
"métissage culturel" qui caractérise l'œuvre de Josette BAÏZ, me
semble-t-il. Concept difficile, puisqu'il s'agit non de fondre des cultures
différentes (attention au sens du mot dans cette expression) en une sorte de
melting pot, mais de les magnifier, de souligner leurs originalités, de faire
partager…
Ta formule " des cultures multiples, diverses, qui n'auraient
en commun que le fait d'être des cultures d'ouverture sur les autres"
évoque précisément ce que j'entends par "culture commune".