LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N°3.2_HS MARS 2002
Sommaire
Pourquoi cette lettre
"intermédiaire" ou "hors série" ?
De la
difficulté de lancer un débat public sur l'école…
… à la
nécessité de plus en plus évidente d'un débat public sur l'éducation.
A 3 mois du
forum régional sur l'éducation de Clermont-Ferrand :
Pour tenter de
sensibiliser les politiques aux problèmes de l'école :
À plusieurs reprises,
depuis janvier, R.E.V.E.I.L. a fait état de la publication du MANIFESTE pour un
débat public sur l'École et en a même donné une vue d'ensemble à travers ses
têtes de chapitres dans la Lettre de Janvier. La lettre de février vous a aussi
informés de la présentation publique de ce manifeste par ses auteurs, organisée
le 11 mars dans une salle du Palais Bourbon à Paris. Il semble donc normal que
ceux d'entre vous qui n'ont pu participer à cette rencontre soient informés de
son déroulement et des suites éventuelles qui pourront être envisagées.
Il
n'est évidemment pas possible dans le cadre d'une lettre de 5 ou 6 pages, de
donner un compte-rendu exhaustif de 2 heures et demie d'interventions diverses.
Vous ne trouverez donc ici que la vision de l'un des participants, vision
forcément subjective et partielle – mais qui cherche à être aussi peu partiale
que possible.
Cet
événement devrait nous amener à réfléchir ensemble sur la notion
même de débat public sur l'école, ou plutôt, comme l'a souhaité Gaston
Mialaret, sur l'éducation. Cette rencontre n'avait pas pour but de constituer
un tel débat mais plutôt à contribuer à son lancement. Ce qui est loin d'être
facile : dans son Manifeste pour une école créatrice d'humanité, Marie-Danielle
PIERRELEE indiquait trois pistes d'action :
Actuellement, seul le deuxième point a eu un (très) timide début de réalisation. Pourquoi le débat est-il si difficile à initier ? Peut-être parce que nous n'avons pas suffisamment réfléchi à sa signification. La chose est sans doute beaucoup plus complexe que nous ne l'avions imaginé au départ.
Quelle
école pour quelle société ? Tel était
le thème du débat annoncé. Disons-le tout de suite, cette question éminemment politique
n'a pas vraiment été au centre des échanges, malgré le lieu symbolique où
se tenait cette rencontre.
Jean-François
VINCENT, président national de l'OCCE et l'un des auteurs du Manifeste, l'a
pourtant abordée lorsqu'il a mis l'accent sur l'une des contradictions qui mine
l'école actuelle où "l'on apprend les uns à côté des autres,
souvent les uns contre les autres", alors que "demain,
les enfants d'origines diverses, devenus des adultes, devront vivre les uns avec
les autres" comme citoyens d'une démocratie et pas seulement comme
producteurs/consommateurs dans un système économique mondialisé.
Un
ancien secrétaire national du Syndicat des Enseignants a, de son côté, posé la
question "quel citoyen veut-on former ?" Est-il possible
d'avoir un débat public sur l'école en faisant l'économie d'un débat politique
? Dans un tel débat, les enseignants sont concernés, bien sûr, mais pas plus que
les autres partenaires et d'une façon générale que les autres citoyens.
Si
ce thème n'a pas constitué l'essentiel du débat, c'est peut-être parce que la
salle était composée, dans sa quasi totalité, de femmes et d'hommes,
professionnels de l'éducation dans une large mesure, convaincus de partager les
mêmes grandes idées sur les finalités de l'école et qu'il ne leur semblait pas
nécessaire, dans le temps très court d'une telle rencontre, de reprendre ce qui
pouvait apparaître comme des "généralités".
Toujours
est-il que la plupart des interventions ont tourné autour de deux autres axes :
-
comment faire bouger
l'école ?
-
et où se trouvent les
blocages ?
La
rencontre était présidée par Jacky BEILLEROT, professeur émérite de Sciences de
l'éducation, organisateur notamment des Biennales de l'éducation (chaque année
paire). Elle a débuté par une présentation des grandes lignes du Manifeste par
l'un de ses rédacteurs, Jacques GEORGE, vice-président du CRAP.
Après
avoir souligné la nécessité de définir les mots que l'on emploie ("la
liberté n'est pas le libéralisme concurrentiel" – "l'égalité n'est
pas l'uniformité"), Jacques GEORGE a évoqué un certain nombre de questions
qui lui semblent souvent mal posées, ou auxquelles des réponses discutables
sont fréquemment apportées, comme, par exemple,
-
l'importance des
disciplines : toutes sont importantes, toutes demanderaient un horaire plus
important, mais le temps des élèves est-il extensible sans limite ?
-
faut-il centrer sur les
connaissances ou sur les élèves ? cette question a-t-elle un sens ?
-
la conciliation d'un
aménagement des rythmes scolaires et des pressions sociales et économiques ;
-
l'idée que le cours
serait le meilleur moyen pour accéder au savoir alors que bien des disciplines
rentrent mal dans le cadre d'un "cours" ;
-
où apprend-on le mieux ?
dans des petits groupes ? dans des classes homogènes ? dans des classes à
plusieurs cours ?
…
Il
évoqua aussi :
-
le rôle néfaste joué par
"les examens à la française" qui serait l'un des principaux points de
blocage ;
-
la formation des
personnels ("on a pensé qu'un plus haut niveau de savoir pouvait remplacer
le formation pédagogique") ;
-
les problèmes posés par
la nécessité d'une formation continue ("les enseignants estiment qu'elle
doit être comprise dans leur temps de service, mais les familles acceptent mal
les absences des professeurs de leurs enfants…") ;
-
la difficulté de
redéfinir le service des enseignants ("on ne touche pas aux droits
acquis…") ;
-
les revendications de
moyens supplémentaires pas toujours justifiées ; le coût comparé d'un élève
selon la filière post-bac où il se trouve ;
-
l'hypocrisie qui se
cache derrière la notion "d'élitisme républicain" ; l'accessibilité
très inégale à la formation continue selon le niveau de formation initiale…
Chacune
de ces questions mériterait un débat en soi. Il en fut de même pour la plupart
des points soulevés au cours des interventions de "la salle" (liste
non exhaustive) :
-
un chercheur en sciences
de l'éducation regrette que les très nombreux travaux effectués au cours des
vingt dernières années soient pour la plupart ignorés ;
-
concernant l'hypocrisie,
la contradiction est soulignée entre d'un côté la réalité d'une société de
compétition toujours plus marquée et un discours officiel prônant les valeurs
de solidarité et les droits de l'homme ;
-
Gaston MIALARET regrette
que par le mot "école" on n'entende le plus souvent que le système
universitaire, négligeant ainsi le problème général de l'éducation qui concerne
l'ensemble de la société (les parents, les associations, les politiques…)
-
L'évolution rapide de la
technique devrait amener à remettre sans cesse en question les procédés de
formation des maîtres, les contenus de l'enseignement, l'évaluation, etc.;
-
Mais précisément, si
l'on néglige les recherches précédentes, c'est parce qu'elles obligeraient à se
remettre en cause, à apprendre à travailler ensemble ;
-
La recherche
universitaire est, en général, fondamentale : Gilbert Longhi, proviseur du
Lycée Lurçat, dénonce l'insuffisance de la recherche sur le terrain ; il évoque
notamment le massacre provoqué par les redoublements dont la France serait
championne[3]…
-
Une vice-présidente de
la FCPE souhaite qu'on réfléchisse sur "comment les choses se mettent en
place ?" - "Qu'attend-on pour
que toute la communauté s'y mette ?
" - "pourquoi rien ne se fait sur le terrain ?"
-
Martine BIDAUT,
présidente actuelle de DECLIC, constate que les jeunes professeurs sortant de
l'IUFM ignorent tout de Freinet, de Montessori, etc. ; qu'il existe de nombreux
freins dus à des considérations locales ; que les difficultés viennent souvent
d'une non-communication ;
-
Isabelle FILLIOZAT,
psychologue et thérapeute, qui travaille notamment au collège expérimental du
Mans avec Marie-Danielle PIERRELEE, souligne les souffrances profondes et durables
des enfants lorsqu'ils sont humiliés par un enseignant rarement conscient des
dégâts qu'il occasionne. Quel recours un enfant a-t-il devant un adulte
tout-puissant ?
-
Une personne qui
"n'est pas du sérail, mais se sent très concernée" se demande comment
réinstaller l'école dans le vivant ? comment lui redonner du sens ? Le problème
du savoir comprend celui de la critique du savoir ; la confrontation avec
d'autres approches culturelles est le meilleur moyen de reconnaître les élèves
; il est nécessaire "d'inviter au banquet pédagogique un grand nombre de
personnes extérieures à l'école" ; comment passer de la souffrance évoquée
précédemment au plaisir d'apprendre ?
-
Comment redonner à
l'éducation populaire la place qu'elle avait jadis ? est-ce à l'école
d'organiser l'animation de rue ?
-
Pour l'historien Claude
Lelièvre, les "pédagos" sont comme des autruches : ils ont la tête
dans le sable et ne voient pas le travail à faire ; selon lui, le temps de
classe a diminué d'un tiers depuis le début du 20ième siècle ; celui
consacré au français à diminué de moitié ;
-
Philippe MEIRIEU
rapporte la question centrale que lui posent les familles qu'il rencontre :
o
quelle garantie de
qualité leur est offerte par le service de l'éducation ?
o
leurs enfants auront-ils
de bons profs ? de bons horaires ?
Les parents n'ont plus confiance dans la garantie
donnée par la hiérarchie de l'éducation nationale ; l'unité de l'école
républicaine a éclaté : il y a un marché, et même un marché noir de l'école, un
marché dont seuls les initiés tiennent les codes. Le caporalisme de façade
recouvre un libéralisme de fait. Le vrai problème est politique et les
politiques l'escamotent : si l'école ne s'est pas transformée, c'est faute d'un
objectif politique clair. L'exemple du plan Langevin Wallon est éloquent à cet
égard : les applications qui en ont été tirées ont été vidées de leur contenu
pédagogique qui, lui, répondait à un objectif politique bien défini, issu des
réflexions commencées dans les mouvements de résistance durant la seconde
guerre mondiale.
Pour Philippe Meirieu, la question de la carte
scolaire doit être posée une fois pour toutes. De plus, pour répondre aux
préoccupations concernant la qualité des services de l'école, il faut proposer
des solutions évitant les deux pièges de l'autoritarisme et du libéralisme,
d'une pseudo-garantie donnée par le politique à travers des inspections et
celle qui viendrait d'une mise en concurrence des établissements. Travailler la
question de l'évaluation des établissements par des instances impliquant
notamment les parents ; et celle des recours possibles en cas de problème.
-
On reproche souvent à
notre école d'ignorer ce qui se fait à l'étranger. Un chercheur en sciences de
l'éducation évoque brièvement une réforme réalisée il y a des années au
Danemark : suppression de tous les cycles ; un ou deux professeurs prenaient en
charge un groupe d'enfants dès leur première année de scolarité et les
conduisaient jusqu'à la dixième, selon un contrat d'objectifs précis.
-
Un exemple "d'innovation"
introduite pour des raisons politiques : les emplois-jeunes ; quels changements
cela a-t-il amené dans les écoles ?
-
Une remarque sur les
missions de l'école : elles ne pourront être redéfinies sans que soient
repensées les missions de tous les acteurs, notamment celles des parents, des
associations…
Ainsi résumées et
énumérées, ces interventions pourraient évoquer un inventaire à la Prévert.
Pourtant elles étaient toutes pertinentes et témoignaient des vécus
particuliers de leurs auteurs. Jean-Michel ZAKHARTCHOUK eut bien du mérite à
tenter d'en faire une synthèse finale. Il retint les rapports entre le
technique, le politique et le scientifique : ni la recherche seule, ni les
spécialistes seuls ne peuvent apporter de véritables solutions aux problèmes
posés. D'où la nécessité d'ouvrir le débat à la société civile. Le danger étant
de tomber dans les grandes idées abstraites…
Il
note la difficulté d'avoir un jugement "juste" sur l'école : est-elle
au bord de la déroute ou est-elle la "meilleure du monde" comme on
l'entend souvent affirmer dans les discours officiels ? Est-elle la meilleure
du monde parce qu'elle fait réussir une élite ?
Mais
quel(s) type(s) de débat(s) ? Les lignes qui suivent ne prétendent pas apporter
de réponses définitives à cette question. Simplement proposer des pistes de
réflexions…
En
fait, une certaine forme de débat sur l'école existe déjà, depuis de nombreuses
années à travers livres, articles de journaux, émissions radio ou télé...
Souvent passionné, parfois passionnel, il rebondit périodiquement au hasard
d'un mouvement syndical ou d'une "réforme" annoncée par un Ministre.
Un débat ? plutôt des prises de positions ponctuelles, parfois tonitruantes et
polémiques, quand ce ne sont pas de simples rumeurs mille fois répétées, mille
fois démenties – mais les rumeurs ont la vie plus dure que les démentis.
Un
vrai débat peut-il s'instaurer sans une information réelle et fiable[4]
? La dénonciation des méfaits de la méthode globale[5],
mille fois ressassée depuis trois quarts de siècle, encore récemment reprise
sur une radio publique, témoigne d'une désinformation persistante. De même
celle qui veut que l'orthographe des jeunes soit de plus en plus mauvaise[6].
Pour ne prendre que deux exemples qui reviennent régulièrement. Qu'est-ce qu'un
débat sinon un dialogue – et non une suite de monologues – qui commence par une
mise en commun des informations connues des uns et des autres, un examen
critique de ces informations, pour déboucher sur une réflexion collective
conduisant à l'action ; l'action elle-même nourrissant de nouvelles réflexions
dans une relation dialectique ? Un vrai débat peut-il naître ailleurs qu'au
plus près des lieux de l'action ? Un vrai débat ne peut être que permanent
entre tous les partenaires de l'éducation.
Les
Conseils d'établissements qui réunissent enseignants, administrateurs, élus,
parents et même, pour certains, élèves, auraient pu (dû …) permettre que
s'organisent les échanges d'informations nécessaires à l'instauration d'un
dialogue permanent entre tous ces partenaires de l'école. On sait que cela n'a
été le cas que très exceptionnellement : l'attitude méfiante de nombreux
enseignants, souvent confortée par des administrateurs qui craignaient de voir
le "pouvoir" leur échapper a
souvent été dénoncée. A juste titre. Mais les parents ont aussi leur part de
responsabilité, lorsqu'ils n'abordent les échanges qu'au regard de la réussite
ou de l'échec scolaires de leurs propres enfants sans poser les questions qui
permettraient de remonter aux causes et d'aborder les problèmes dans leur
ensemble… Le système représentatif n'est pas non plus favorable à une
implication personnelle de l'ensemble des partenaires parents et élèves même
s'il est nécessaire dans certains cas. Les grandes structures ne sont pas non
plus favorables à l'instauration de véritables dialogues, et au fil des ans,
les petites structures de taille humaine ont eu tendance à disparaître et les
structures moyennes au départ tendance à enfler.
En
fait, les véritables échanges ont presque toujours eu pour point de départ des
initiatives émanant d'enseignants – Institutrices ou Instituteurs en général,
mais parfois aussi professeurs – qui ont réuni les parents des élèves de leurs
classes pour leur expliquer les raisons qui les avaient amenés à des pratiques
pédagogiques "non habituelles". Les élèves jouaient un rôle capital
dans l'instauration de ces dialogues, comme Claire Héber Suffrin le montre très
bien dans le livre[7] où elle
raconte ses premières expériences d'échanges de savoirs. On retrouve les mêmes
démarches dans de nombreuses écoles rurales, mais aussi parfois dans des écoles
urbaines comme celles de la Villeneuve de Grenoble[8].
Dans tous ces cas, parents, enseignant(s) et élèves sont unis dans un véritable
partenariat. C'est toujours un facteur favorisant le développement et la
réussite des "innovations" introduites à l'initiative d'un enseignant
ou d'un groupe d'enseignants. Mais aussi une façon originale d'initier une
co-éducation permanente. Sans doute cela demande-t-il un investissement
important en temps et en énergie de la part des enseignants, mais cela leur
ouvre en même temps des perspectives exaltantes.
Un
autre niveau d'échanges et de débats se situe dans le cadre d'associations.
Celles-ci peuvent être "spécifiques", c'est à dire regrouper des
adhérents partageant des intérêts communs : ce sont par exemple les
associations de parents d'élèves, les associations de Lycéens, les mouvements
pédagogiques, etc. L'expérience montre cependant que ces débats n'ont pas
aisément d'impact hors de leur sphère. Célestin FREINET, qui avait eu le génie
d'amener des milliers d'Instituteurs à coopérer dans une
"recherche-action" commune au sein de l'I.C.E.M. avait compris, vers
la fin de sa vie, la nécessité d'élargir les échanges à d'autres personnes,
notamment aux parents et aux spécialistes divers intéressés par l'éducation
(médecins, psychologues, psychiatres, chercheurs, responsables et militants
d'autres mouvements pédagogiques…) : ce qui l'avait conduit, dès 1961, à créer
une revue qui leur était ouverte[9]
et à lancer l'idée d'une Association pour la Modernisation de l'Enseignement
(A.M.E.) qui devait constituer un lieu de rencontre pour tous les partenaires
de l'école. R.E.V.E.I.L. se situe directement dans le prolongement de cette
idée. De nombreuses autres associations de cette sorte sont nées ces dernières
années dans différentes régions de France, dans la foulée du Manifeste de
Marie-Danielle PIERRELEE.
Toutes
ces associations ont deux caractéristiques essentielles : elles rassemblent des
professionnels et des non professionnels de l'éducation qui, dans un premier
temps, vont apprendre à se connaître, échanger leurs expériences, leurs
informations… Très rapidement – si ce n'a pas été le point de départ de
l'association – elles vont chercher à mettre en œuvre une ou des actions dans
le prolongement de leurs réflexions, souvent un projet d'établissement
"innovant", "pionnier" ou "expérimental". Ce fut
le cas pour l'AME locale fondée à Mulhouse en 1962[10]
; c'est le cas de presque toutes les associations qui se sont rassemblées dans
la fédération "Ensemble, Changeons l'Ecole".
Ces
niveaux d'échanges sont indispensables : ils constituent une sorte
"d'investissement pour l'avenir", mais ils ne touche qu'un nombre
restreint de nos concitoyens, et, le plus souvent, des personnes déjà
sensibilisées aux questions posées par l'éducation. D'où la nécessité de
rechercher d'autres moyens pour toucher davantage le "grand public".
L'organisation de forums locaux, départementaux ou régionaux est une voie
encore peu explorée. Ce type de manifestation peut permettre de poursuivre –
sinon d'atteindre - plusieurs objectifs :
enfin sensibiliser le grand
public à des questions de fond qui touchent aux finalités de l'éducation en
général et de l'école en particulier. Par exemple, celle de l'éducation
permanente qui apparaît comme centrale
aujourd'hui. Tout le monde en parle : mais que faut-il entendre par
"éducation permanente" ? Est-ce organiser une "formation
permanente" dans le but d'assurer une "employabilité maximale"[11]
ou faire en sorte que chaque citoyen ait les moyens réels de comprendre une
société de plus en plus complexe et d'y être un acteur responsable ? Est-ce
participer à une sélection permanente des serviteurs d'une évolution présentée
comme inéluctable ou faire en sorte que s'instaurent les échanges et la
coopération permanente entre les citoyens pour décider ensemble de leur avenir
et de celui de leurs descendants ? Repenser l'École dans la perspective
générale d'une éducation permanente : tout est à bâtir – mais les matériaux
existent, constitués tout au long du siècle passé par des milliers
d'initiatives locales. Aucun groupe, aucune association, aucune fédération,
aucun mouvement ne peut mener seul cette réflexion et encore moins la prolonger
dans l'action en dehors d'une large coopération.
Le
forum mondial sur l'éducation qui s'est tenu en octobre 2001 à Porto Alegre, a
proposé le slogan "une éducation démocratique pour un monde solidaire ;
une éducation solidaire pour un monde démocratique"[12].On
peut rapprocher cette question de celle posée par Jean-François VINCENT lors de
la rencontre du 11 mars (voir supra). Quelles conséquences en tirer dans les
pratiques pédagogiques à l'école et hors de l'école ?
Des
manifestations de ce type, peuvent être l'occasion d'interpeller et donc de
sensibiliser les élus – qui sont sensés exercer le pouvoir démocratique au nom
des citoyens – sur des problèmes pratiques de l'organisation et du financement
des services publics de l'éducation. Dans la mesure où elles sont largement
ouvertes au public et où elle peuvent bénéficier d'une couverture médiatique, elles
devraient contribuer à initier, à moyen terme, un véritable débat public
national.
Car
c'est bien là l'un des objectifs du "débat public sur l'école" : dans
son ouvrage "la Machine-Ecole"[13],
Philippe MEIRIEU, écrit, à propos de la consultation des Lycéens qu'il avait
été chargé de piloter, " Pour moi, la consultation sur les lycées
représentait en quelque sorte un exercice préparatoire à l’élaboration d’un
projet dont je souhaitais - je l’ai dit clairement dès le début - qu’il soit
ensuite réélaboré par le gouvernement et soumis au Parlement. Une manière, en
d’autres termes, de définir démocratiquement un “ référent majuscule ” pour
l’école." Dans son Manifeste, Marie-Danielle PIERRELEE considérait
aussi que les forums régionaux devaient conduire à un forum national qui devait
entraîner un débat au Parlement… Il semble que nous en soyons encore bien loin
: des rencontres nationales ont été organisées dans les lieux mêmes du
Parlement (DEI-France – novembre 2001 – Education et Devenir - janvier 2002 -
et la rencontre du 11 mars) sans que nos responsables politiques nationaux en
aient, apparemment, tiré quelques enseignements. L'objectif reste posé, mais il
faudra bien, pour qu'il soit atteint un jour, les efforts conjugués de tous
ceux qui, professionnels ou non, se sentent partenaires d'une éducation
véritablement nationale en ce sens qu'elle vise à l'éducation optimale de tous
les Français.
Mais est-ce une raison parce que l'issue
d'une démarche est lointaine pour ne pas s'y lancer ? Nous sommes responsables
du monde que nous léguons à nos descendants. A considérer la situation
actuelle, les sujets de crainte, d'angoisse, de révolte, sont nombreux dans
tous les domaines. Ils demandent des engagements particuliers forts,
spécifiques et prolongés ; mais quel que soit le problème posé, aucune solution
durable ne pourra être trouvée sans que l'éducation n'y ait sa part. Et
l'éducation est l'affaire de tous.
***
Le point sur la situation :
-
la demande de mise à
disposition de locaux dans la Maison de la Culture à Clermont Ferrand a été
déposée le 1er mars. Elle porte sur l'utilisation du vaste hall
d'entrée (accès direct depuis le boulevard Gergovia) où les associations
organisatrices pourront installer des stands permettant un contact direct et
informel avec le public. Il s'agit surtout pour ces associations de se
présenter, de présenter leurs objectifs, leur "philosophie", leurs
projets et leurs réalisations dans le domaine de l'éducation.
Deux salles de réunion ont également été demandées
dans ce bâtiment :
o
une salle de 300 places
environ où devrait se dérouler la séance d'ouverture du forum le vendredi 7
juin au soir. Jean-François VINCENT, Président national de l'O.C.C.E. a donné
son accord pour venir animer une conférence-débat sur le thème "quelle
école pour quelle société ?"
o
une salle de 100 places
environ qui permettra d'organiser des débats sur des thèmes annoncés durant les
deux jours du forum proprement dits (8 et 9 juin).
Il sera aussi possible d'organiser de petits débats
dans un secteur du hall, sous la forme de "café-débats".
Une
première rencontre des associations
organisatrices est programmée pour le 4 avril à 18 heures dans les locaux des
CEMEA, 61 av. de l'Union soviétique à Clermont Ferrand. Cette réunion aura
notamment pour but de recenser un certain nombre de thèmes de débats qui
pourront être proposés au cours du forum.
Rappelons que la fédération ECE édite une carte postale par laquelle vous pouvez demander aux candidats aux prochaines élections de s'engager pour une école où l'enfant pourra :
et d'agir pour
que se multiplient des écoles et des collèges chargés de construire les
changements nécessaires.
Vous pouvez
obtenir ces cartes en envoyant une enveloppe timbrée à votre adresse à REVEIL –
Centre Culturel – 63500 PERRIER
pour 01 à 04 cartes:
enveloppe 115mm x 160 affranchie à 0,46 euro ou 0,41 euro
pour 05 à 10
cartes: enveloppe 115mm x 160 affranchie à 0,67 euro ou 0,53
euro
pour 11 à 20 cartes:
enveloppe 160mm x 230 affranchie à 1,02 euro ou 0,64 euro
pour 21 à 50 cartes:
enveloppe 160mm x 230 affranchie à 1,75 euro ou 1,22 euro
pour les demandes de plus
de 10 cartes, merci de joindre si possible un timbre à 0,46 euro par tranche de
10 cartes commandées, pour participation aux frais d'impression.
pour des demandes plus
importantes contactez REVEIL par courriel
Vous ne serez
peut-être pas d'accord à 100% avec les formulations proposées par cette carte ;
essayez de surmonter vos réticences : aucune formulation ne satisfera jamais
tout le monde. L'essentiel est qu'un maximum de citoyens manifestent leur
volonté de voir évoluer l'école vers plus d'humanité pour que cette demande
apparaisse dans les discours électoraux dominés jusqu'ici par l'insécurité…
Pour que
l'impact soit plus fort, il est souhaité que le plus grand nombre possible de
cartes soient envoyées dans la semaine du 11 au 18 mars. Mais, bien entendu, il sera aussi possible de les
envoyer jusqu'à la date des élections. Elles pourront encore servir pour les
législatives – et même après les élections, en étant adressées aux élus ! Ces
cartes peuvent être adressées au(x) candidat(s) de votre choix. Vous pouvez les
personnaliser si vous le souhaitez.
Voici quelques
adresses de candidats à l'élection présidentielle :
QG de campagne
de F. BAYROU 133 bis
rue de l'Université 75007 PARIS
QG de campagne
de O.BESANCENOT 27 rue Taine 75012 PARIS
QG de campagne
de J.P. CHEVENEMENT 7 cité Paradis 75010 PARIS
QG de campagne
de J. CHIRAC 67 rue du Fbg St Martin 75010 PARIS
QG de campagne
de R. HUE 2
place du Colonel Fabien 75019
PARIS
QG de campagne
de L. JOSPIN 325 rue St Martin 75003 PARIS
QG de campagne
de A. LAGUILLER BP 223 75865 PARIS
cédex
QG de campagne
de N. MAMERE 27 rue
Mélingue 75019 PARIS
QG de campagne
de C. TAUBIRA 13 rue
Duroc 75007
PARIS
Si vous en avez
d'autres, nous sommes preneurs…
***
QUELQUES RAPPELS…
R.E.V.E.I.L. est une
association nationale ouverte aux personnes et
aux associations adhérant à ses statuts (disponibles sur son site
Internet – ou sur simple demande à l'association) et notamment à leur article
2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles de GENNES, Albert JACQUARD, Louis LEGRAND et Jacques
PAIN.
La version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L.
est diffusée gratuitement sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut
être librement rediffusée auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour
la recevoir directement, il suffit de signaler votre adresse électronique à reveil.perrier@wanadoo.fr
Si vous n'êtes plus intéressé par cette LETTRE, il
suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.
Je
vous rappelle l'adresse actuelle de notre site Internet :
http://membres.lycos.fr/assoreveil
Ce site sera prochainement transféré sur celui de la
fédération "ENSEMBLE, CHANGEONS L'ÉCOLE" en voie de réalisation. Sa
nouvelle adresse vous sera aussitôt communiquée. Il restera cependant encore
consultable durant quelques semaines à son adresse actuelle.
Prochaine lettre vers la fin mars 2002.
Contact : reveil.perrier@wanadoo.fr
Georges HERVE, adresse postale : rue du Château 63500 PERRIER
[1] Ce premier point ayant d'ailleurs été escamoté – simple oubli ? – dans la version du Manifeste diffusée par l'hebdomadaire la Vie, le premier à lui donner quelque publicité. Or dans l'économie" générale du Manifeste, il apparaissait bien comme un passage obligé pour aborder les deux autres points.
[2] Qui est abusivement juge et partie
[3] Remarquons que la notion de redoublement n'a de sens que dans un découpage annuel du cursus scolaire, alors que depuis 1989 (au moins) on ne devrait plus penser (et organiser ce cursus) qu'en terme de cycles pluriannuels.
[4] Il est consternant de lire sous la plume d'un académicien que "La mémorisation n'est pas un crime. C'est sa condamnation sommaire qui en est un. Grâce à elle, l'école de Jules Ferry a fait mieux que des chiens savants pour le certif' ou des "bourgeois dans la tête": elle a fait des gens libres et heureux."
[5] Les "spécialistes" ne sont pas forcément mieux informés quand, se défendant d'utiliser la méthode globale, ils affirment utiliser la méthode analytique !
[6] A propos de la "décadence en orthographe", qui était déjà dénoncée en 1965, Louis Legrand, chargé de cours à la faculté de Besançon, avait repris une expérience de Binet (1904), reprise par Dottrens (1921) puis par Roller (1948), visant à "un repérage global de la capacité orthographique" des enfants de 7 à 12 ans, a pu montrer qu'il "n'est donc pas exact d'affirmer que nos écoliers connaissent moins bien l'orthographe que leurs prédécesseurs. En tout cas, ils la connaissent mieux que les écoliers parisiens de 1904 testés par Binet. Ce modeste travail a aussi le mérite de mettre en relief l'illusion commune attachée au regret du passé, illusion certainement renforcée ici par les progrès de la démocratisation de l'enseignement. S'il y avait autrefois de brillants résultats au Certificat d'études, quel pourcentage d'élèves le réussissait ?" Réponse : moins d'un sur deux ! (L'enseignement du Français à l'école élémentaire, Louis Legrand, Delachaux et Niestlé 1966, pp.108 et 109)
[7] L'école éclatée, Claire Héber Suffrin, Desclee de Brouwer, 1991.
[8] Vivre à l'école en citoyens, sous la direction de R.Millot, éd. Se Former – association Voies Livres, Lyon (et sur le site de REVEIL)
[9] Techniques de Vie
[10] voir sur le site Internet de REVEIL
[11] ce qui correspond au projet de l'E.R.T. par exemple (voir site Internet de REVEIL)
[12] lire la synthèse rédigée par Bernard CHARLOT sur notre site Internet. Cette synthèse a été présentée et adoptée par le Forum social mondial en février 2002.
[13] La Machine-Ecole, Philippe Meirieu et Stéphanie Le Bars, éd. Gallimard, folio actuel 2001