LA LETTRE DE R.E.V.E.I.L. N° 1- 6 – janvier 2006
Sommaire
L'instruction
civique contribue-t-elle à la démocratie?
EEDD :
suite… Quelles suites réelles ?
Association
Intermèdes – réunion le 29 janvier à 14 h
Fédération
nationale des Ecoles des Parents et des Educateurs
"Ils
ne sauront pas tous lire en même temps",
"Les
facteurs humains dans l'enseignement et la formation d'adulte"
NON-VIOLENCE
ACTUALITE n° 284, janvier-février 2006 :
"La vie
et l'éducation" suivi de : "Comment réenchanter l'école ?"
Prévenir
la violence au Collège
Initiatives
de Paix – 2 au 4 juin 2006
Pédagogie
Institutionnelle – stage 8 au 15 juillet 2006
***
Merci à tous ceux qui m’ont adressé un message d’amitié à l’occasion de
ce changement d’année. L’amitié, ça aide à continuer son chemin même si l’avenir
peut paraître bouché, parfois. Et puis, il y a eu une nouveauté cette
année : ce sont ces diaporamas qui sont venus m’apporter – nous apporter –
un souffle d’espoir, tant ils se rejoignaient sur quelques valeurs
fondamentales. Oui, il se passe quelque chose de nouveau ! Ce quelque
chose n’est-il pas cette prise de conscience de notre interdépendance avec tous
les humains, mais aussi tout ce qui constitue la planète Terre, si belle et si
fragile ? N’est-ce pas cette prise de conscience de notre condition
humaine qui éveille en chacun de nous ce sentiment de compassion et de
responsabilité universelle dont parle Trinh Xuan Thuan, l’astrophysicien
bouddhiste ? N’est-ce pas le besoin de donner sa vraie place, c’est à dire
la première, à l’éternelle oubliée de notre devise républicaine, la
Fraternité ?
J’extrais
ce passage de l’un de ces diaporamas :
« Il y a quelque temps, aux Olympiades de Seattle, 9
athlètes, tous handicapés mentaux ou physiques, étaient sur la ligne de départ
pour la course de 100 m. Au signal du starter, la course commença. Tous ne
courraient pas, mais tous avaient le désir de participer et de gagner.
Ils courraient par trois ; un garçon tomba sur la
piste, fit quelques tonneaux et commença à pleurer. Les 8 autres l’entendirent
pleurer. Ils ralentirent et regardèrent en arrière. Ils s’arrêtèrent et
rebroussèrent chemin… Tous…
Une fille avec le syndrome de Down s’assit à côté de lui,
commença à le caresser et lui demanda : « ça va mieux
maintenant ? »
Alors, tous les 9 se prirent par les épaules et marchèrent
ensemble vers la ligne d’arrivée.
Le stade entier se leva et applaudit. Et les
applaudissements durèrent longtemps. Les personnes qui l’ont vu en parlent
encore. Pourquoi ?
Parce qu’au fond de nous, nous savons que la chose la plus
importante dans la vie est, bien plus que de gagner pour soi ; la chose la
plus importante dans cette vie, c’est d’aider les autres à gagner. Même si cela
implique de ralentir et modifier notre course. »
Ce
diaporama est signé d’un certain Friedrich Poyer et traduit en Français.
En France, nous sommes friands de ces coups de
baguette magique, qui par un simple changement de terme, sont censés transformer les choses. Depuis
qu'Édouard Herriot a rebaptisé Éducation Nationale ce qui n'était que l'Instruction
publique, le conflit entre les tenants des deux conceptions sous-jacentes
de l'enseignement, loin de s'être apaisé, resurgit périodiquement, et
actuellement fait de nouveau couler des flots d'encre et de salive.
L'enseignant ne doit-il que dispenser des savoirs, ou également s'atteler aux
savoir-faire, voire aux savoir-être?
Je n'ai pas l'intention de rouvrir ici ce débat
général. Mais quand on se penche sur l'Instruction Civique, ou
encore (est-ce synonyme?) sur l'Éducation à la Citoyenneté, il devient
crucial de préciser où l'on veut aller. Paul Valéry, dans un texte[1] qui, malgré ses 70 ans, reste en majeure partie
d'une étonnante actualité, s'insurgeait déjà contre l'inconséquence avec
laquelle on statuait sur les modalités et le contenu de l'enseignement sans
s'interroger au préalable sur le "produit fini" qu'on souhaitait
obtenir.
Croit-on vraiment que le désintérêt (litote !) pour
le politique, si largement manifesté par les jeunes, résulte d'un manque de connaissances
sur le fonctionnement de nos institutions ? S'agit-il de faire connaître
aux élèves les valeurs de la démocratie, de même qu'un ethnologue chercherait à
connaître les valeurs de telle peuplade amérindienne?
Dans une pseudo-démocratie[2] comme la nôtre, l'instruction civique me
paraît de peu d'intérêt. Si l'esprit civique est présent, chacun
aura tôt fait d'acquérir les connaissances utiles. Et sinon, à quoi bon?
Mais comment faire naître l'esprit civique ? Le
meilleur moyen est de le faire vivre dans le concret ; c'est-à-dire
d'appliquer cet esprit à la gestion de tous les problèmes qui peuvent se poser
dans la vie collective, et singulièrement dans le cadre scolaire, à l'échelle
d'une classe ou d'un établissement; il s'agit de faire vivre la
démocratie, pour faire contre-poids à la triste image qu'en offre le monde
politique.
C'est bien là ce que préconisent certains textes
officiels français et européens.
Mais encore faut-il dominer
l'outil. Là encore le risque est grand de tomber dans le
formalisme et les simulacres, même avec les meilleures intentions. Il
faut apprendre et pratiquer le débat véridique, tant ignoré dans
nos habitudes, politiques ou autres.
Je suis offusqué à l'audition de la plupart des
débats qu'il m'est donné d'entendre, lors de réunions ou à la radio, notamment,
mais non exclusivement, dans le champ politique. Ce qui manque, ce ne
sont ni les connaissances, ni les compétences rhétoriques ; c'est
l'intérêt pour le point de vue de l'autre. La prise de parole ressemble
à une prise de pouvoir, le but est d'asséner ses idées, non de connaître celles
de l'autre, présumées sans intérêt. On se coupe la parole, on cherche à
dominer l'adversaire par le volume sonore ou par le temps de parole. Il
s'agit de convaincre, ou même plutôt de vaincre, non d'écouter. Ou du
moins ne s'agit-il là que d'une écoute négative : le temps de happer ce
qui permet d'alimenter la riposte.
Ces faux débats, successions de monologues, où chacun
cherche moins à apprendre de l'autre qu'à bâtir sa réplique, n'aident en rien à
la prise d'une décision qui soit éclairée par les aspects multiples de la
question posée. Chacun se cantonne dans son point de vue, sans
progresser vers une appréciation plus large, plus ouverte. C'est là un
exercice de style dérisoire, car inopérant. Quand une décision est en
jeu, au lieu de se rapprocher (même modestement) d'un consensus, on débouche
finalement soit sur la cacophonie, soit sur les cotes mal taillées, soit enfin
sur le rituel du vote, qui ne fait souvent qu'autoriser l'oppression de la
minorité par la majorité (quand ce n'est pas en fait une minorité qui impose sa
volonté à la majorité réelle!).
Il ne faut donc pas s'étonner que le débat ait
mauvaise presse, vu plus comme un jeu de joutes oratoires que comme un moyen de
faire mûrir une question et de favoriser une décision démocratique. Non
seulement la pratique du débat véridique n'est pas innée, mais plus
gravement elle n'est non plus transmise par notre culture, par la simple
expérience quotidienne de la vie dans notre société. Donc, l’alternative
est simple : ou bien on y renonce, ou bien on tente de l'enseigner.
Nombreux sont les pédagogues qui ont explicité ces
caractères du débat véridique et les moyens d'y parvenir ; opposant
notamment ce que, suivant une terminologie
contestable, car restrictive, mais parlante, certains nomment "débat
scientifique" et "débat médiatique"[3].
La technique du débat véridique est simple, et
consiste surtout en une discipline de la prise de parole, et aussi en l'usage
fréquent du feed back et de la reformulation, afin de s'assurer d'une bonne
compréhension. Mais l'essentiel n'est pas là. Plus important est
de ne débattre que sur des sujets d'intérêt réel pour les participants,
de ne pas tomber dans l'exercice de rhétorique vide et artificiel. Mais
ceci ne constitue encore que le squelette de cet apprentissage. Ce qui
est vraiment fondamental, c'est de développer une authentique pédagogie de
l'écoute; écoute positive, bienveillante, où chacun cherche à enrichir sa
pensée de l'apport de l'autre.
Cette importance du débat n'a pas échappé à
l'administration de l'Éducation Nationale. Bien des textes récents
mettent au programme officiel l'éducation au débat. D'autres les
commentent, les enrichissent, en explicitent la pédagogie. Mais aussi,
comme d'ordinaire en France, tels les gens de qualité de Molière, qui savent
tout sans avoir jamais rien appris[4], les enseignants sont censés dans l'instant même et
sans autre formation faire face à ces nouvelles obligations. On voudrait
saboter cette innovation qu'on ne procèderait pas autrement.
Ce qui n'est pas suffisamment
admis, c'est que le débat véridique, loin d'être un ingrédient annexe de la démocratie, et donc
de la formation civique, en est un constituant essentiel.
Dans les "évidences" occidentales,
la notion même de démocratie est liée à la pratique du vote et au pouvoir
légitimé de la majorité. Parmi les penseurs qui ont dégagé à quel point
cette vue est erronée et nocive, un des plus
prestigieux est Amartya SEN[5]. Il a
montré que par le monde existaient bien des pratiques très différentes, tout
aussi démocratiques, mais non reconnues comme telles par nous, car ne
s'exerçant pas via le vote et le pouvoir de la majorité. Pour lui, la
démocratie doit être définie beaucoup plus largement, comme "exercice
de la raison publique", pour reprendre l'expression de John Rawls. Ce
concept plus large englobe la possibilité donnée aux citoyens de participer au
débat politique et d'être ainsi en mesure de peser sur les décisions publiques.
Il a établi combien notre conception restrictive entraînait de déboires aussi
bien au sein même des démocraties occidentales que dans leurs rapports avec les
autres nations et cultures[6].
Perrenoud, déjà cité, qui, pour être pédagogue, n'en est pas moins citoyen, insiste
dans le même sens: "Chaque fois qu’on “ passe au vote ” avant
d’avoir entendu les arguments des uns et des autres et d’en avoir débattu sérieusement,
on affaiblit la démocratie. "[7]
Quand une équipe au pouvoir, élue dans les règles,
sans prendre le risque d'un débat véridique avec des personnes concernées,
prend une décision qu'elle sait contraire au vœu de la majorité des citoyens,
peut-on vraiment parler de démocratie?
Je ne suis pas naïf au point de croire, ni que
l'éducation au débat véridique rende chaque citoyen ouvert et honnête, ni que
la pratique du débat véridique permette d'aplanir toute dissension et de
déboucher sur un consensus. Je crois en revanche que cette pratique
permet toujours, quand tous les participants jouent le jeu, de
mieux surmonter la complexité du réel, d'éviter l'enfermement dans un angle de
vue restreint, de diminuer l'hostilité, et, pour la collectivité, d'aboutir à
des décisions mieux acceptées, même si on ne parvient pas au consensus
idéal.
Pour en revenir à l'éducation civique, je pense qu'il se dessine une priorité indubitable:
former les enseignants à la pratique du débat véridique, pour
qu'ils puissent eux-mêmes y former leurs élèves, à tous les niveaux. Sans
quoi, une fois de plus, nous ne dépasserons pas les vœux pieux.
PS : Les idées
exposées ici n'ont aucune prétention à l'originalité. Elles ont été
largement énoncées et argumentées par nombre de gens éminents, et reprises dans
les instructions officielles françaises et dans les documents du Conseil de
l'Europe. En revanche, on ne peut qu'être frappé par la résistance qui
s'oppose à leur diffusion. C'est pourquoi je ne crois pas inutile de les
réexposer ici.
Fred MEYER
L’originalité
de la circulaire pour l’éducation à l’environnement du 8 juillet 2004 par
rapport à celle signée par René Haby le 29 août 1977 est sans doute la
perspective éminemment politique dans laquelle elle est située
par ses auteurs : celle de promouvoir un développement durable.
Pour préciser ce concept, la circulaire EEDD reprend la définition
proposée par le rapport Brudtland de 1987 et entérinée par la conférence de Rio, « un développement qui
répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre
aux leurs ». Définition
redoutable d’ambiguïté dans la mesure où elle fait appel à deux concepts très
connotés :
-
celui de développement, d’abord : faut-il voir dans ce
terme un synonyme pur et simple de cet autre mot qui nous est imposé comme une
exigence non discutable, la croissance économique – industrielle,
financière ? ou s’agit-il de l’appréhender dans une perspective plus
qualitative d’amélioration de la condition humaine dans toutes ses
dimensions et sur l’ensemble de la planète ?
-
celui de « besoin » du présent et des générations
futures, ensuite : s’agissant du présent,
comment définir les besoins de nos contemporains ? s’agit-il de
ceux de l’Occidental « moyen »[8] ou du Chinois « moyen » ? Ou encore
de l’Africain confronté à la désertification croissante de sa région de
vie et aux pandémies anciennes et modernes ? Le problème s’avère encore
plus ardu lorsqu’on cherche à prévoir les besoins des générations
futures !
Les
auteurs de la circulaire ont, semble-t-il, été conscients de la complexité du
problème puisqu’ils ajoutent : « Le concept de développement
durable revêt une dimension éducative particulièrement riche, en ce qu’il
conduit à prendre en compte :
- les
différentes échelles de temps et d’espace ;
- la
complexité du domaine dont les multiples composantes, interagissant entre
elles, appellent une approche systémique ;
- les
différents axes d’analyse scientifique qui fondent un développement durable
(composantes environnementales, économiques, sociales, culturelles) ;
- la
complexité des questions et des réponses envisagées, ce qui implique une
approche critique et met en valeur l’importance des choix et la responsabilité
de chacun dans ces choix. »
-
Complexité, interactions, pluralité des composantes –
environnementales, économiques, sociales, culturelles, - le tout envisagé dans
leurs dimensions temporelles et spatiales : cette démarche n’est pas sans
rappeler, d’une certaine manière, celle des encyclopédistes du siècle des
Lumières… sauf qu’une telle approche dépasse les capacités d’une personne
aujourd’hui et conduit nécessairement à une recherche collective : après
qu’un groupe ait bien posé la question à traiter, collectes d’informations par
chacun de ses membres, tri, vérification de leur pertinence et mise en
perspective par le groupe, coopération de chacun à l’élaboration d’une
argumentation qui prenne en compte toutes les dimensions du problème posé. Si
l’on prend le mot d’intelligence dans son sens de « capacité de
comprendre » une situation réelle, c’est bien à l’intelligence collective
de suppléer aux insuffisances des intelligences individuelles.
Soit dit
en passant, le « débat véridique » dont le texte précédent a souligné
le rôle essentiel dans le fonctionnement démocratique d’une société est tout
aussi nécessaire à la construction d’une réelle intelligence collective,
aujourd’hui seule capable de faire face aux dangers qui menacent l’humanité,
d’inventer et de mettre en œuvre les solutions originales nécessaires pour les
surmonter. Ce qu’il faut c’est plus de vraie démocratie en action et non
l’attente d’un homme providentiel qui détiendrait la solution magique !
Revenons à
l’Ecole : il ne s’agit donc pas pour l’adulte de transmettre ce qu’il sait
ou croit savoir, ses propres idées et encore moins ses opinions sur ce qui fera
que le « développement » sera durable ou non mais d’inciter les
jeunes à une approche critique, une réflexion authentiquement philosophique[9] qui ne peut être, en l’occurrence, reportée et
limitée à la dernière année de l’enseignement secondaire.
L’application de cette circulaire doit donc bien conduire à une remise
en cause des conceptions traditionnelles, encore courantes, de
l’enseignement : les savoirs disciplinaires doivent être au service de la
réflexion ; ils ne se limitent pas aux savoirs académiques ; ils doivent
être constamment actualisés, confrontés entre eux. Ils ne peuvent donc être
trouvés dans les seuls manuels scolaires. Le recours aux banques de données que
fournissent aujourd’hui des millions de sites du réseau Internet est une
nécessité.
La
circulaire du 8 juillet 2004 dépasse donc bien le cadre d’un simple complément
d’instructions pédagogiques : son application invite en fait à une
transformation profonde de l’Ecole faute de quoi elle rejoindra la cohorte des
instructions pédagogiques non appliquées, ce qui, compte tenu des enjeux,
serait catastrophique.
Cependant,
il serait tout aussi catastrophique d’exiger son application réelle généralisée
sans une sérieuse formation des enseignants. Or une telle formation ne peut
être improvisée : elle ne peut être mise en place que provisoirement en
s’appuyant sur la minorité d’enseignants-éducateurs qui ont déjà fait l’effort
de s’auto-co-transformer au sein des mouvements pédagogiques notamment.
Pour cela,
ces enseignants-éducateurs doivent pouvoir se regrouper dans des « sites
pilotes » (cf. notre manifeste de 1998 : http://assoreveil.org/manifeste.html ) où ils
pourront effectivement s’inspirer de la circulaire EEDD de 2004 pour développer
une pédagogie rénovée.
S’agissant
de l’enseignement primaire, les expériences accumulées tout au long du 20e
siècle par des Instituteurs de l’ICEM-PI, du GFEN, du MRERS, etc. forment une
bonne base pour repenser cette pédagogie. S’agissant de l’enseignement
secondaire, les expériences existent aussi mais sont nettement moins
nombreuses. L’expérience en cours au Lycée pilote de Luxembourg – Ville (voir site Internet http://www.neielycee.lu
) devrait pouvoir être relayée par des projets équivalents en France. La
pédagogie, fondée en priorité sur des projets travaillés en équipes, va tout à
fait dans le sens des exigences de la circulaire EEDD. La création de quelques
lycées pilotes de ce type en France, coordonnés entre eux, permettrait de
former , avec les sites pilotes, une base pédagogique servant de point d’appui
à des filières de formation choisies par des volontaires dans un premier temps.
La montée en puissance devrait être étalée sur plusieurs années, ce qui
implique une irréversibilité du processus, c’est à dire sa soustraction aux
aléas des changements de gouvernement ! La progressivité d’une telle
démarche inscrite dans la durée est indispensable pour assurer la
transformation à moyen terme de notre système éducatif… et la généralisation
effective d’une éducation par et à l’environnement pour un développement
durable !
Georges HERVE
***
La récente
déclaration du Ministre de l’Education Nationale sur l’apprentissage de la
lecture, prolongée par une circulaire enjoignant aux Inspecteurs de circonscription
de veiller à ce que les enseignant(e)s chargé(e)s des CP utilisent
exclusivement une « méthode syllabique », ont suscité de vigoureuses
réactions de la part de nombreux praticiens et chercheurs. Il nous est
impossible de les reproduire toutes ici. Nous en plaçons sur le site Internet
de Réveil, notamment celle de Laurent OTT (Fondation Intermèdes) et celle de
Pierre BADIOU et Dominique BACHELARD
(Brioude-Ville lecture). Le site d’Education et Devenir présente aussi un
éclairage bien documenté de la question
à l’adresse : http://education.devenir.free.fr/Lecture.htm.
Sur le
site de Réveil, également, un texte signé de nombreux universitaires paru dans
Libération le 6 janvier dernier : Ecole, non au renoncement !
Nous
présentons ici l’appel à la résistance lancé conjointement par trois mouvements
pédagogiques, l’ICEM, le GFEN et l’AFL.
Remarquons
au passage que les « collectifs » qui sont derrière les actuelles
décisions ministérielles ont toujours refusé un « débat véridique »,
usant essentiellement de l’invective quand ce n’est pas de l’injure à l’égard
des « pédagogos » accusés d’avoir détruit l’Ecole de Jules
Ferry…
Nous, éducateurs, formateurs, enseignants, parents,
militants de mouvements pédagogiques et d’éducation populaire, nous ne
tiendrons pas compte de la circulaire du Ministre de l’Éducation nationale
préconisant une méthode de lecture contraire à la visée émancipatrice de
l’Éducation et aux résultats des recherches que nous conduisons.
Depuis plusieurs mois, le terrain avait été
minutieusement préparé : jeter le doute dans l’opinion publique, apeurer les
parents, valoriser certaines pratiques pédagogiques, en condamner d’autres...
Les événements de novembre, renforçant ces peurs et
ces doutes, ont permis de stigmatiser une partie de la jeunesse et de ses
enseignants.
La circulation organisée à l’échelle nationale de
cette désinformation a constitué une véritable propagande gouvernementale afin
de conditionner l’opinion publique.
Imposer une méthode d’apprentissage est déjà en soi
un déni d’éducation, réduisant l’acte d’enseigner à une simple exécution et la
classe à une somme de techniques et de recettes. Mais lorsque cette méthode
vise l’assujettissement de la jeunesse, nous sommes bien dans la propagation
d’une idéologie politique écrasant tout espoir d’émancipation possible par
l’éducation.
Des méthodes d’apprentissage où l’enfant est
chercheur à celle où l'enfant est dressé, le choix idéologique est limpide :
lui refuser dès le plus jeune âge de penser, lui ôter le désir de questionner,
de comprendre, de connaître, lui imposer une obéissance passive en l’enfermant
d’abord dans des exercices répétitifs et mimétiques... Au-delà de
l'apprentissage de la lecture, c'est bien la volonté d'agir sur les capacités
réflexives et complexes de la compréhension du monde de toute une jeunesse !
Une jeunesse qui déchiffre et une jeunesse qui lit…
Les jeunes des milieux populaires en sauront toujours bien assez pour
déchiffrer les programmes de télévision, la publicité et les messages utiles à
la consommation. Des textes simplifiés pour les uns, des textes complexes pour
les autres, les "héritiers", qui les auront d’abord rencontrés dans
la famille et les activités culturelles privées...
La méthode syllabique constitue en outre un sérieux
atout économique ! Pas la peine de réduire les effectifs ou de dédoubler des
classes s’il s’agit de faire répéter en chœur aux enfants des sons et des
syllabes. Les récalcitrants seront traités au cas par cas dans les programmes
de réussite éducative en contractualisant les familles qui devront accepter
l’échec, la rééducation et l’orientation comme allant de soi. Les solutions
préconisées ne coûteront rien à l’Éducation nationale puisque déléguées au privé
: orthophonistes, soutiens scolaires, formations à distance, éditions scolaires
et parascolaires...
On est bien loin de l'école publique, laïque et
gratuite pour tous !
Le gouvernement a commencé par la méthode de lecture,
emblématique de sa volonté politique et sociale. Mais qu’en sera-t-il demain de
l’enseignement des mathématiques, de l’histoire, des arts... ? Ils ne resteront
pas davantage des espaces de mise en œuvre de la pensée.
M. de Robien est bien conscient que sa circulaire va
à l’encontre des programmes de 2002. Qu’importe ! Trop ambitieux, ils seront
changés pour rompre avec les progrès reconnus par tous dont ils témoignaient.
Non.
Nous appelons tous les enseignants et tous les
éducateurs qui travaillent à l’augmentation (difficile car l’école n’est pas
seule en cause) de la réussite de tous les enfants et de tous les jeunes à
poursuivre ce qu’ils ont engagé et dont les résultats, encore insuffisants, se
situent déjà largement au -dessus de ceux des méthodes d’alphabétisation.
Celles-ci, du temps où elles étaient utilisées, n’ont jamais permis à 50 % des
enfants d’obtenir le Certificat d’études. Aujourd’hui, plus de 60 % d’une
classe d’âge obtient le baccalauréat. Ce n’est pas un hasard.
Poursuivons
ensemble ! Janvier 2006
AFL (Association française pour la lecture)
GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle)
ICEM - Pédagogie Freinet (Institut coopératif de l’école moderne)
Signatures
de soutien
Jean-François
Chalot, responsable
d’association d’éducation populaire
Nicole
Desgroppes, membre de
l’Inter-Réseaux Ecole des RERS
André
Duny, président
de la coordination de la nouvelle éducation populaire
Jacques
Fijalkow, professeur
de psycholinguistique, Université de Toulouse-le-Mirail
André
Giordan, Professeur
Laboratoire de Didactique et Epistémologie des Sciences, Directeur Université
de Genève
Jean
Gondonneau, Président
de Peuple et Culture
Claire
Heber-Suffrin, fondatrice
des réseaux d’échanges réciproques de savoirs RERS
Gaston
Mialaret, professeur
honoraire de l’Université de Caen
Francis
Morin, maire-adjoint,
délégué à l’éducation, mairie de Stains (93)
André
Ouzoulias, professeur
à l’IUFM de Versailles
Maria
Pagoni, Maître de
Conférence à Lille 3
Jacques
Pain, professeur
des Universités
Vous
pouvez vous associer à cet appel notamment sur le site : http://www.lecture.org
***
Suite à la
possibilité offerte par la Ville de Saulx de disposer de terrains, nous pouvons
envisager le démarrage de nos activités. Ce sera l'objet de la réunion que nous
organisons chez les OTT 28 rue des Marguerites, 91160 Longjumeau Tel 06 61 48
21 98
Assemblée
générale le samedi 28 janvier 2006 - 9 h 15 - 17
h - salle de conférence du Conseil général Immeuble Picasso -
Bobigny - face à la Brasserie des Espérides - 50 m du métro Préfecture
Bobigny - parking du Centre Commercial à deux pas
Une occasion de faire le point sur une actualité préoccupante, de s'organiser pour les temps à venir, de distribuer les responsabilités, tout simplement de rejoindre DEI
pour renforcer ce mouvement
Colloque
« jeunes/parents/médias », des relations à décrypter. Les 3 et 4
février, Espasse conférence des Diaconnesses, 18 rue du sergent Bauchat, 75012
PARIS.Voir http://www.ecoledesparents.org
par Pascal
Bouchard, Hachette éducation. L’auteur est le directeur de l’Agence de presse
spécialisée sur la jeunesse, l'éducation, l'enseignement supérieur, l'emploi et
la formation professionnelle. http://www.L-aef.com
Sur le
site http://perso.wanadoo.fr/jacques.nimier/
Dossier:
Le corps à l'école
Corps à
connaître:
Connaître son corps pour commencer à mieux se connaître (A. Giordan)
Anthropologie
du corps (D. Le Breton)
Corps
altéré: Le corps
altéré (D. Martz)
Handicap
ou différence: broder sa vie d'homme (M.F. Bonicel)
Corps
désirant: Qu'est-ce
que ce désir inconscient? (J.Moll)
L'agressivité
à l'opposé de la violence (B. Martel)
Lecture
globale ou syllabique Billet d'humeur.
Des livres
sur le corps.
La pédagogie du projet représente une
avancée décisive dans les pratiques de formation. Elle introduit dans l’école
un espace d’investissement de tous les apprenants, et pas seulement des
« bons élèves ». Elle vise plus l’acquisition de compétences que de
savoirs. Elle est le premier pas vers une future pratique professionnelle. Un
ouvrage de Michel Huber (GFEN) édition Hachette, en vente aussi au GFEN - 14 avenue Spinoza - 94200 IVRY S/ SEINE Prix
port compris : 21,15 euros.
le Dossier
de ce numéro est consacré aux programmes qui permettent de renforcer les
compétences relationnelles dès l’enfance. Voir www.nonviolence-actualite.org
Un nouvel ouvrage de Jean Daniel ROHART, édité par l’Harmattan.
« Voici un livre dont l’auteur pourrait dire qu’il est écrit « avec
ma peau, avec mon sang, avec ma chair ». Dans ce livre, il y a trente ans
de la vie d’un « prof », trente ans d’une carrière affrontée, souvent
sur le terrain le plus rude, celui des classes dites difficiles, aux problèmes
de l’enseignement d’aujourd’hui. »
Un ouvrage
de Vijé FRANCHI et Gwenaëlle COLIN - série Dispositifs de la collection Repères pour agir
(partenariat du CRDP d’Amiens et du CRAP-Cahiers pédagogiques)
http://www.cahiers-pedagogiques.com/lire.php3
Allez
visiter le tout nouveau site d’Yves Béal et Frédérique Maïaux sur http://yvbealpoemetreves.monsite.wanadoo.fr/
La
Coordination française pour la Décennie prépare activement le 2ème
Salon international des Initiatives de Paix. Tous renseignements sur cette
manifestation sur www.salon-initiativesdepaix.org
13e Stage National organisé par l’Association Vers la Pédagogie Institutionnelle- Fernand
Oury à Ittlenheim près de Strasbourg (
Bas-Rhin ). Pour tous renseignements : : isa.robin-mahe@wanadoo.fr
***
à cotisation (non obligatoire) et autres !!!
Si vous voulez soutenir notre
action.
R.E.V.E.I.L.
est une association nationale ouverte aux personnes et aux associations adhérant à ses statuts
(disponibles sur son site Internet – ou sur simple demande à l'association) et
notamment à leur article 2. Elle est parrainée par Guy AVANZINI, Pierre-Gilles
de GENNES, Albert JACQUARD, Louis
LEGRAND et Jacques PAIN. Son Président d’Honneur est le Docteur Guy VERMEIL(†).
La cotisation annuelle est modeste, presque
symbolique : à partir de 10 €, mais elle est
indispensable pour que l'association puisse continuer à fonctionner.
Merci aux
personnes souhaitant soutenir notre action et, si possible, agir localement
dans leur région, en adhérant à R.E.V.E.I.L. (ou en renouvelant leur adhésion
pour 2006) de bien vouloir se signaler (chèques au nom de R.E.V.E.I.L. adressé
à REVEIL, Centre culturel, 63500 PERRIER ). Merci aussi et surtout à celles qui
nous ont renouvelé leurs encouragements et leur soutien en 2005.
La
version électronique de la LETTRE DE R.E.V.E.I.L. est diffusée gratuitement
sans obligation d'adhésion à l'association. Elle peut être librement rediffusée
auprès des personnes et des groupes intéressés. Pour la recevoir directement,
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LETTRE, il suffit de nous en informer par mail ou courrier postal.
***
Prochaine lettre vers la
fin février 2006.
Entre temps, quelques flash
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[1] Le bilan de l'intelligence in Variété III. Ed. Pléiade, I, p. 1058 & sq, notamment p. 1073 & sq
[2] J'entends par là un régime qui respecte les formes, mais non l'esprit, de la démocratie.
[3] Citons par exemple:
Cahiers pédagogiques: L’éducation à la citoyenneté , Supplément n° 4, octobre-novembre 1998
Débattre à
l’école, N°401, 10 février 2002
Philippe Perrenoud. Pour une vision moins naïve et moins marginale de l’éducation à la citoyenneté
in “ L’éducation à
la citoyenneté ”, Supplément n° 4 des Cahiers pédagogiques,
octobre-novembre 1998,
Repris in Éducateur,
n° 12, 5 novembre 1998
http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_1998/1998_24.html
Jane Méjias. L’argumentation et le débat. Principes et mise en œuvre
[4] Je ne sous-entends bien sûr pas que les professeurs n'aient jamais rien appris! mais que l'on s'obstine à ignorer leur besoin de formation complémentaire lorsque l'on modifie les charges que l'on fait peser sur eux.
[5] Amartya Sen est un économiste indien hétérodoxe, qui notamment a critiqué les conceptions classiques de la richesse et de la liberté, et a renouvelé le regard sur la notion de "biens publics" et les règles de décision qui s'y
rapportent. Il a reçu le prix Nobel en 1998.[6] Cf Amartya SEN, "L'économie est une science morale", La découverte, 1999 (notamment p. 109 & sq.); et aussi son remarquable article "L'Occident n'a pas le monopole du pluralisme", paru dans The New Republic et traduit dans Courrier international - n° 715 - 15 juillet. 2004
[7] P. Perrenoud, loc. cit., Former au débat et à la raison à travers les savoirs. C'est moi qui souligne.
[8] Un simple exemple : la recherche légitime de meilleures conditions de vie conduit de nombreux citadins – du moins ceux qui en ont les moyens financiers, à se loger à 15, 20 km ou plus de leur lieu de travail. Pour faire face aux emprunts à rembourser, les deux membres du couple doivent avoir un emploi. Leurs horaires de travail ne leur permettent pas forcément d’utiliser les transports en commun – quand ils existent – ni même de faire les trajets domicile-lieu de travail ensemble. De plus en plus souvent, ces ménages ont besoin d’avoir deux voitures même lorsqu’ils pratiquent le co-voiturage avec des voisins.
[9] Non assumée par les philosophes de métier contemporains.