QUELQUES
RAISONS D'EXPÉRIMENTER "POUR DE VRAI"
dans les classes de l'école
primaire et du collège.
Les manuels classiques
d'enseignement des sciences présentent des "tranches" de
"sciences" prédigérées, qui se veulent de véritables cours magistraux
écrits : chaque chapitre prétend apporter une partie de l'ensemble des
connaissances énoncées dans les programmes officiels de chaque classe.
Observations et expériences sont minutieusement décrites par les auteurs du
manuel ; les résultats en sont exposés ; l'expérimentation réelle n'apparaît que comme une
simple illustration d'un exposé construit préalablement,
venant appuyer une vérité présentée comme intangible. Souvent, la
"leçon" se prolonge par un "résumé" que l'élève est invité
à apprendre par cœur … Un directeur du Ministère de l'Éducation nationale
n'avait-il pas écrit, voici 40 ans environ que "le par cœur est
peut-être la forme la plus authentique du savoir" ?
Pourtant, quelques
années auparavant, (1956), l'UNESCO avait publié un Manuel pour l'enseignement
des sciences à l'école primaire d'abord destiné, il est vrai, aux écoles
des pays en voie de développement, trop pauvres pour doter chaque enfant de nos
manuels de pays riches. Ce manuel ne couvrait aucun programme précis : il
s'intéressait aux trois domaines classiques des sciences : la chimie, la
physique et ce que l'on appelait alors les sciences naturelles. Destiné aux
maîtres, il ne contenait aucune "leçon", mais proposait un grand
nombre d'expériences et d'observations réalisables par les enfants qui ne
demandaient que des matériaux courants, souvent de récupération, comme boîtes
de conserves, bouteilles, clous, ficelles, etc. Heureux effet de la pénurie !
les enfants étaient invités à expérimenter eux-mêmes pour découvrir les notions
scientifiques de base et non plus à apprendre par cœur des savoirs tout prêts !
Ce manuel, refondu et renommé "Nouveau manuel pour l'enseignement des
sciences" a été réédité par l'UNESCO à un prix très modique (100 F il y a
3 ou 4 ans). La refonte vise de toute évidence à l'étendre à l'enseignement
dans les Collèges, ce qui a entraîné la disparition de certaines expériences
très simples, malheureusement, et l'introduction de quelques manipulations
demandant un matériel relativement cher. Malgré cela, ce manuel reste une
source irremplaçable d'idées pour ceux qui souhaitent préparer des fiches de
travail adaptées à leurs élèves. Il est complété par un "Manuel de
l'UNESCO pour l'enseignement des sciences à l'école primaire" dont le
sous-titre est "Activités d'ateliers pour la formation des maîtres".
Cet ouvrage peut guider les enseignants désireux de s'auto former en petits
groupes en attendant d'être utilisé dans les IUFM…
Plus récemment, Georges Charpak, enthousiasmé par ce qu'il avait vu dans quelques écoles de Chicago, a lancé l'opération "la Main à la Pâte" – autre approche mais, finalement même objectif : amener les enfants à construire par la pratique, les concepts scientifiques de base qui leur permettront d'aborder plus tard les sciences construites…
Pierre-Gilles De Gennes, de son côté, a souvent pris
position pour une véritable expérimentation dès l'école primaire…
On pourrait ajouter que ces expérimentations peuvent
très bien prendre place dans des "projets" de réalisations soit en
constituant le cœur d'un exposé ou d'une exposition, soit en conduisant à la
réalisation d'objets originaux, par exemple dans le cadre d'une expo-sciences.
L'expérimentation a enfin une vertu trop abandonnée
de nos jours : elle fait travailler les mains – qui sont, on l'oublie trop, à
l'origine de cette "intelligence humaine" dont nous sommes si fiers.