ICEM- Pédagogie Freinet
18 Rue Sarrazin
44000 Nantes
Lettre ouverte
à Monsieur Le Ministre de
l’Education Nationale
Création de nouveaux sites
expérimentaux : un écran de fumée ?
L’ICEM-Pédagogie Freinet a pris connaissance par voie de presse des annonces d’ouverture de nouveaux sites expérimentaux par Jack Lang (Cf. communiqués AFP et AEF du 10/04/2002)
Le lancement du chantier, avec la mise en place du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Scolaire (CNIRS) en novembre 2000, avait suscité des espoirs.
Pour notre part, nous nous étions
positionnés en partenaires actifs de ce chantier, étant convaincus depuis
longtemps de l’intérêt à réfléchir sur des refontes structurelles propices à
l’innovation. En outre, nous étions partants pour la nécessaire mise en réseau
des expériences innovantes. Nous avions d’ailleurs pris des initiatives que
nous voulions complémentaires à celles du CNIRS, en réunissant à plusieurs
reprises (octobre 2000, janvier et novembre 2001, janvier 2002) des porteurs de
projets et des représentants d’équipes existantes.
A la veille de nouvelles échéances politiques, force est de constater que les concrétisations sont pour l’instant des plus modestes.
Nous pouvons même déplorer les inconséquences du Ministère sur certains dossiers. Par exemple :
- Le 15 juin 2001, M. Lang attribuait au CLACE (Collège-Lycée d’Action et de
Coopération Educative) de Miramont de Guyenne (47) des moyens uniques
parmi les projets validés par le CNIRS pour amener ce projet dans les
meilleures conditions jusqu’à l’ouverture en septembre 2002 (un poste de Mise à
Disposition ; mise en place d’un comité de suivi comprenant les plus
hautes instances académiques, des stages pour l’équipe pédagogique déjà
complète).
Or à présent, après 3 réunions de suivi, après 2 votes favorables du Conseil d’Administration du Collège, après les prises de positions nettes des élus locaux de tous bords, après la mobilisation de l’association de parents, et après un courrier du Ministre daté d’il y a moins d’un mois, courrier qui réaffirme son engagement pour le projet, le CLACE n’apparaît plus dans la liste des projets retenus, au mépris de toutes les énergies déployées et de tous les moyens engagés.
- A la même date, M. Lang annonçait la mise en place d’une équipe Freinet à Lorient. Alors que les porteurs du projet avaient effectué toutes les démarches recommandées (contacts initiaux avec l’Inspection Académique, la ville de Lorient, le CNIRS…), qu’ils avaient reçu un avis favorable du CNIRS en mars 2001, rien n’avait été effectué de la part du Ministère pour suivre ce dossier. Si bien que l’ouverture se réduisait à un simple effet d’annonce qui allait provoquer, comme il fallait s’y attendre, une levée de boucliers au niveau local. Aujourd’hui, comme à Miramont, alors que de nombreuses familles se sont mobilisées avec un espoir d’ouverture à la rentrée prochaine grâce à la volonté ministérielle d’innovation… ce projet passe, lui aussi, à la trappe sans explications !
La majorité des projets retenus représente des innovations «à la marge » (même si elles peuvent être intéressantes) dans des structures existantes qui ne s’en trouveront pas modifiées.
Elles restent néanmoins cantonnées au secondaire. En plus de Lorient, quid des projets d’écoles innovantes présentées par Pau, Déqlic 19, le COTEAU ?
Par ailleurs notre mouvement attend toujours la reconnaissance des équipes pédagogiques existantes (équipes Freinet notamment), certaines depuis des dizaines d’années, ce qui leur donnerait les moyens d’assurer sereinement leur pérennité. Ces équipes se sont toujours déclarées prêtes à participer activement à ce chantier de l’innovation.
- Le Ministère de l’Education Nationale a-t-il la véritable volonté politique de soutenir l’innovation, en promouvant notamment des structures fonctionnant sur des bases coopératives dans tous les domaines, développant la personnalisation des apprentissages et valorisant les approches transdisciplinaires ?
- Ne cherche-t-on pas à circonscrire l’innovation à des mesurettes portées au pinacle ou à quelques structures expérimentales «ghetto» comme le sont devenus les lycées créés par le Ministère Savary en 1981 ?
- Souhaite-t-on vraiment, tel que l’annonçait le CNIRS dans ses prémisses, soutenir la mise en réseau des équipes innovantes et ouvrir ce réseau horizontal à toute équipe volontaire, dans un esprit de coformation, en visant réellement la diffusion de pratiques émancipatrices pour une rénovation en profondeur du service public d’éducation ?
- Le Ministère de l’Education Nationale désire-t-il valoriser le travail et le capital d’expériences des mouvements pédagogiques regroupés au sein du CLIMOPE, en leur accordant une place conséquente dans le système de formation ?
Au vu des réalisations du chantier, après un an de fonctionnement du CNIRS, il est sérieusement permis d’en douter.
Pourtant, et nombreuses sont les voix à s’élever en ce sens, avec des conceptions contradictoires d’ailleurs, il y a urgence. Le collège s’enfonce toujours un peu plus dans la crise, par l’inadéquation de ses structures et de ses pratiques traditionnelles.
L’actuel système de formation ne sait pas préparer de façon conséquente à un vrai travail en équipe.
Un mode de fonctionnement traditionnel foncièrement élitiste laisse sur le bas-côté nombre d’enfants qui n’entrent pas dans le moule et génère quantité de frustrations et d’attitudes de rejet préjudiciables pour l’avenir. Ces pratiques éculées vont à l’encontre du service public de qualité que nous voulons et ouvrent la porte, à leur corps défendant, à une dérive vers l’école libérale qui accroîtra toujours un peu plus les inégalités.
Nous sommes toujours décidés à apporter notre contribution à ce grand chantier mais, à la veille de nouvelles échéances, nous sommes en droit de nous interroger sur la volonté politique qui désire réellement le porter.
l’ICEM-Pédagogie
Freinet,