Quand et par où commencer pour en finir
avec la crise de l’école
?
Une opportunité exceptionnelle se
présente pour redéfinir la fonction et la mission des enseignants : leur
renouvellement massif d’ici 2011. Face aux difficultés extrêmes de la tâche
d’enseigner aujourd’hui, il faut s’appuyer sur ce qui se construit dans le
travail réel. Car c’est finalement là où les problèmes se posent que les
solutions s’inventent. Tel est l’objet de nos propositions.
La crise des banlieues, les émeutes, mais
aussi la vie quotidienne dans les établissements, et surtout la désaffection de
tous pour un savoir devenu avant tout utilitaire pour les uns et excluant pour
les autres, sont des signaux d’alarme auxquels ne peuvent répondre des annonces
aussi démagogiques que dérisoires (restaurer « l’autorité », dénoncer la méthode « globale »,
dépister les comportements délinquants dès le plus jeune âge, mettre les
récalcitrants en apprentissage, culpabiliser les parents,...). Doit-on
souhaiter une nouvelle réforme ? Le mot même est
devenu, et pour longtemps, synonyme d’incohérence, d’impuissance et de
contradiction. Un jour l’école doit « s’ouvrir », devenir «
un lieu de vie et d’éveil » et l’autre jour se refermer comme un sanctuaire. L’organisation
officielle en cycles est massivement ignorée, à commencer par les instances
hiérarchiques. Le collège qui doit assurer à « tous » un tronc commun de connaissances, organise dans les faits la
sélection et la ségrégation. Désormais l’ensemble des enseignants ont le statut
de cadre A qui les
responsabilise mais sont de plus en plus infantilisés...
Les signataires de ce texte pensent qu’un
nouveau contrat redéfinissant la fonction enseignante est indispensable pour
faire face aux exigences des temps présents : mettre les enseignants en situation
de recherche afin de permettre aux élèves de construire un rapport renouvelé au
savoir. Ils considèrent en effet que nulle circulaire ministérielle n’est en
mesure d’imposer ce nouveau contrat, que nul formateur de formateurs ne saura y
préparer les futurs enseignants, faute d’en avoir lui-même l’expérience
collective. En conséquence, ils proposent d’adopter une démarche de
construction méthodique de ce nouveau contrat et, pour ce faire, d’impulser,
d’une manière significative en nombre et qualité, des recherches-actions
conduites collectivement. Celles-ci auront pour objet de s’attaquer aux
contradictions qui paralysent l’institution, de lutter contre l’exclusion, de
(re)donner à tous - adultes comme enfants - l’audace et le goût d’apprendre et
de s’investir dans la vie collective de l’établissement, du quartier, de la
ville. De nombreuses innovations travaillant dans cette perspective existent,
bien que dispersées et rarement pérennes. Il s’agirait de donner à la recherche
en éducation la mission de :
De donner aussi à cette recherche les
moyens indispensables et une autonomie de gestion qui la dégage du corset
administratif, l’objectif étant bien de capitaliser une diversité assumée (et
non concurrentielle) afin de produire ensemble des savoirs nouveaux à partir de
pratiques nouvelles se confrontant à la réalité.
Les formateurs de formateurs, y compris
les corps d’inspection et les universitaires, auraient alors pour mission de
s’impliquer dans ces recherches- actions par et avec leurs étudiants, qui se
formeraient ainsi dans des lieux de recherche. À terme, les enseignants du
primaire et du secondaire, comme ceux du supérieur, pourront ainsi investir le
statut d’enseignantschercheurs. Ces mesures contribueraient à faire pénétrer
l’idée de changement dans une société crispée sur des apprentissages formels,
sans finalité cohérente. Et, en conséquence, de sortir le corps enseignant de
son découragement.
L’implication directe des établissements
et des enseignants dans la recherche pour changer l’école est une manière
dynamique de lutter contre les objectifs d’une privatisation rampante qui se
cache sous le concept d’autonomie. L’expérience de cette implication qui s’est
développée au sein de l’école publique, le plus souvent sous l’impulsion des
mouvements pédagogiques et de l’INRP, parfois pendant des décennies, permet
d’en énoncer quelques conditions.
Les rédacteurs de ce texte ont tous
participé à des innovations et des recherches-actions dans le domaine de
l’éducation, de la petite enfance à la formation d’adultes :
Jean-Pierre BÉNICHOU
Elisabeth BOURGAIN
Henry CHAILLIÉ
Jean FOUCAMBERT
Bruno
MATTÉI
Raymond
MILLOT
Rolande
MILLOT
Bertrand SCHWARTZ
Marie-Laure VIAUD
Michel VIOLET
---------------------------------------------------
Soutenir ce
texte et en débattre sur le blog : http://parouchangerlecole.blog.lemonde.fr/