ARGUMENT N° 29 octobre 2001
QUELS SAVOIRS ? 2
Le Monde du 3 octobre : nouvel élément de
satisfaction (denrée rare) un groupe d'experts présidé par Philippe Joutard (nous
avions apprécié ses propositions concernant le collège dans ARGUMENT n° 23)
a fait des propositions sur les programmes de l'école primaire"(1). J.Lang,
dont on peut saluer la démarche pédagogique, vient de les soumettre pour une
réflexion de prérentrée dans toutes les écoles.
Le journal met en relief une
opinion qu'il pense partagée par les enseignants :"On nous propose de
faire des choses passionnantes mais les moyens seront insuffisants".
On doit espérer cependant que, dans les pratiques, il sera retenu une bonne
part de ces propositions qui confortent nos analyses.
"La détection des
difficultés" est évoquée par Ph.
Joutard qui estime, à propos de la
dyslexie, que : "A cet âge,
il ne peut s'agir d'un diagnostic, qui ne peut être porté qu'après la phase
d'apprentissage de la lecture, à la fin du CE1".C'est rassurant,
compte-tenu de la tendance à évoquer la dyslexie à tort et à travers (notamment
lorsqu'on parle d'une origine génétique) et cela tempère les inquiétudes
soulevées par les "évaluations" à l'entrée des Grande section
et CP (cf : (ARGUMENT N°26).
L'organisation en cycles, instaurée en 89 est confirmée. "La grande
section, année charnière, est incluse à la fin du cycle 1 et au début du cycle
2", ambiguïté qui devrait autoriser différentes formules. Au Cycle 1, le "mélange
des âges" dans les classes qui favorise "l'interactivité
entre les petits et les grands" est préconisé. L'expérience montre
(notamment dans les écoles de la Villeneuve) qu'il est tout aussi intéressant
dans les autres cycles.(2)
"La maîtrise de la
langue, orale et écrite, demeure
l'objectif numéro un qui doit être
"abordé à travers toutes les disciplines" "n'a plus d'horaires spécifiques mais sera abordé à travers
la littérature, l'histoire, la musique les sciences". (cela rejoint nos
propositions cf : ARGUMENT 9 en nov.
2000 : "Démocratiser la langue écrite"…).
"Vocabulaire, orthographe et grammaire ne sont plus des
domaines d'activités spécifiques" conception qui contredit quelque peu la
déclaration de J. Lang "il faut faire et refaire des dictées" et qui peut encourager une pédagogie du
projet, grande productrice d'écrits pour lesquels ces préoccupations deviennent
fonctionnelles et voient leur nécessité mieux comprise par l'ensemble
des enfants .
Des mots sont osés "la
nécessaire coéducation qu'école et famille ne doivent cesser de
construire".Il en faudra sans doute plus pour que le dialogue
école/famille cesse d'effrayer et apparaisse comme partie intégrante et
essentielle de la fonction enseignante.
D'autres, comme vie
coopérative ne sont pas prononcés mais l'esprit est là : "dans le
chapitre "vivre ensemble"
(du nouveau programme) : une heure par quinzaine doit être réservée à un
débat" (aux cycles II et III) " mais l'apprentissage de la vie
collective s'effectue à travers toutes les autres activités". Au cycle
III, maîtrise du langage et instruction civique constituent deux "domaines
transversaux", sans horaires propres mais abordés à travers toutes les autres
disciplines". Joutard : "il s'agit de ne jamais séparer
l'apprentissage de la langue de l'acquisition d'une culture".
"Le regard positif
sur l'enfant en voie d'apprentissage est la règle impérative" (souligné pour le cycle II, sous-entendu pour le
cycle III ?). Alors, finies les notes,
la compétition, les humiliations ?
Comme l'écrit Martine Fournier dans "Sciences Humaines
"(ARGUMENT 28) "Tiens, tiens, n'est-ce pas ce que prônaient bien des
pédagogues de l'éducation nouvelle ?
(1) on en trouvera une analyse professionnelle, également positive, dans l'éditorial de Pierre Choulet dans les Actes de Lecture N° 75, revue de l'AFL généralement critique et sévère vis à vis de l'institution.
(2) on sait que les écoles de la Villeneuve ont adopté et affiné l'organisation en cycles (classes multi-âges, avec intégration des 5 ans au cycle 2, avec des dispositions "maternelles") à partir de leur ouverture en 1972